9 octobre 2012 2 09 /10 /octobre /2012 17:07

ONLIT Books, livre numérique - versions ePub, MOBI, PDF - 1,99 €

 

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Portrait (pastel) de G. Rodenbach par Lucien Lévy-Dhurmer (1896)

 

Le poète symboliste Georges Rodenbach aurait sans doute été surpris de nous suivre dans les rues de Bruges en ce dernier dimanche d'été. Des trottoirs si bondés qu'il fallait éviter l'accrochage avec les calèches de touristes, le rythme ahurissant des bateaux cartes postales et la quête lassante d'une place libre aux terrasses bourdonnantes des tavernes... Guère d'austérité intimidante à l'ombre des hautes tours qui sauvaient plutôt des rayons d'un soleil meurtrier. Loin d'une ville éteinte dans la méditation, c'était une ville en commerce. 


J'ai imaginé apercevoir la démarche somnambule de Hugues à la recherche désespérée de sa disparue, la gouvernante Barbe (saveur de ces horribles vieux prénoms !) en mante noire filant aux vêpres, la silhouette évanescente d'un fantôme blond qui serait Jane.... Juste des excursionnistes heureux, curieux, avec des allures d'insouciance sans nuage. 

 

Les êtres de ce conte gardent en moi une telle présence, confuse mais forte, qu'en débouchant dans le vieux béguinage, j'ai songé que s'y trouverait au milieu ce mouton comme dans une prairie de Jean Van Eyck... C'était donc là que vivait sœur Rosalie, la seule parente de Barbe; là aussi que celle-ci accourut le cœur en fête en un Pâques lumineux, pour y vivre ses rares joies autour des offices.

 

Ah bien sûr, l'écriture est vieillotte, et c'est mortuaire. Mais l'atmosphère persiste. Le symboliste a réussi son alchimie, malgré l'irrémédiable vieillissement du texte.

 

Marqué par ce récit, l'ayant écouté sur MP3 l'hiver passé comme un feuilleton (est-ce pour cela que les cloches monotones continuent à résonner en moi ?), j'ai accueilli avec plaisir l'initiative des éditions ONLIT de publier ce classique en numérique. Il accompagne quatre autres romans belges du 19ème siècle dont Un mâle du trop peu reconnu brabançon Camille Lemonnier qu'apprécia Maupassant et la très traduite Légende d'Ulenspiegel (700 pages) de Charles De Coster. Ajoutez-y André Baillon et Verhaeren. Malgré des ebooks résolument tournés vers le contemporain, l'édition numérique belge veut néanmoins ratisser large en cette rentrée.

 

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Pour se montrer constructif, au chapitre des regrets, l'absence d'images: l'introduction de Rodenbach annonce des illustrations intercalées entre les pages qui ne figurent pas dans la version numérique. Légère frustration mais, comme pour les renvois automatiques de notes, on attendra l'évolution des formats et des logiciels.   

Plus généralement, à propos des illustrations incluses dans un texte, je vous convie de lire cet article où les illustrations dans les livres seraient ennemies du rêve. Le débat est ouvert...

 

Le récit (publié d'abord en feuilleton en 1892) est celui d'un veuf inconsolable dont l'épouse morte réapparaît soudain dans les rues de Bruges, sous la forme d'un sosie de la bien-aimée. Confronté à cette ressemblance qui l'aveugle et le grise jusqu'au scandale, l'homme se heurte à sa gouvernante pieuse, aux brugeois médisants mais aussi à la véritable nature de la remplaçante. Le drame peut se jouer sous les cieux bas et les dentelles de pierre de la Venise flamande. 

 

Lisez cet ancien conte, vous retournerez peut-être à Bruges avec d'autres yeux... 

 

Lu en numérique au format ePub, dans le cadre du club des lecteurs numériques.


 

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commentaires

Tania 16/10/2012 19:20


Connaissez-vous le beau portrait au pastel de Rodenbach par Lucien Lévy-Dhurmer, au Musée d'Orsay ? Un lien : http://www.musee-orsay.fr/fr/collections/oeuvres-commentees/arts-graphiques/commentaire_id/portrait-de-georges-rodenbach-9.html?tx_commentaire_pi1%5BpidLi%5D=848&tx_commentaire_pi1%5Bfrom%5D=845&cHash=f0ee6aa384


Je me réjouis que comme Rodenbach, De Coster, Baillon, Verhaeren trouvent de nouveaux lecteurs grâce au livre numérique. 


(Après la mort de Rodenbach à 43 ans (appendicite) en 1898, un comité voulut lui rendre hommage par un monument à Bruges, mais le "fransquillon" Rodenbach n'était pas assez flamand (ni de langue
ni de moeurs) aux yeux des conservateurs brugeois. Le monument sculpté par George Minne sera finalement inauguré à Gand, en 1903, dans la ville de son enfance.)

Christw 17/10/2012 07:06



Heureux que ces anciens belges, Rodenbach en particulier, trouvent un écho ! Merci pour le lien vers la desription du portrait qui enrichit mon billet.


Votre anecdote sur la statue du fransquillon est plus que jamais d'actualité... 


 



Dominique 10/10/2012 18:29


je l'ai dans mon ipod mais un premier essai m'a comme l'on dit filer le bourdon


Par contre j'ai vu C Lemonnier sur les sites gratuits et je compte essayer un jour ou l'autre, pour le moment je me balade au Japon

Christw 10/10/2012 18:41



Il y a un moment pour chaque livre et j'étais sans doute dans le propice pour celui-ci... 



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