10 novembre 2013 7 10 /11 /novembre /2013 06:00

 

À ce cercle de jeunes gens, qui ne savent pas écrire mais veulent par caprice en faire leur métier, il faut en ajouter un qui par la variété de ses activités offre un changement bienvenu: lui ne sait pas peindre. [...]. Lorsque l'écrivain accapare les faveurs du public que ce soit par son allemand déplorable ou par sa mégalomanie, il ne reste plus grand chose pour le peintre. Il pourrait pourtant faire progresser la nature morte, vu son style fleuri. Voilà longtemps qu'on considère le portraitiste avec méfiance, ce qui l'a rendu tellement susceptible qu'il quitta, vexé, une association dont il avait peint le secrétaire général. Depuis, seuls les morts se sont laissés portraiturer par lui. Là, aucun blâme ne peut l'atteindre: il a pour lui l'excuse des traits déformés par la mort.1 

 

Karl Kraus - La littérature démolie (1896)

 

1 Il s'agit de Ferry Beraton, protégé de Hermann Bahr. Au demeurant, écrire que Beraton ne savait pas peindre est exagéré, comme en témoigne le portrait d'Anton Bruckner.

 


Folon.gif © Fondation Folon


 


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Publié par Christw - dans Pages marquées
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commentaires

colo 12/11/2013 19:42

Ah, oui, il ne mâche pas ses mots!
Sans doute manque-t-il de nos jours de telles plumes...

Une mouche au plafond pour Folon?
Bonne soirée à vous.

Christw 13/11/2013 08:13



Durant la visite de la fondation Folon, on découvre ce bonhomme articulé sur une échelle. Chacun y voit ce qu'il veut évidemment  



Tania 10/11/2013 18:38

Quel mordant ! Je n'ai rien lu de K. Kraus jusqu'à présent et j'ai du mal à avancer dans mes lectures pour l'instant.
Le bonhomme de Folon en équilibre précaire me parle, belle illustration.

Christw 11/11/2013 08:00



Quand la lecture me pèse, je mets tout de côté, romans et essais, polars et nouvelles, et je fais d'autres activités qui me divertissent (la lecture n'est pas un challenge). Quand j'y reviens, je
découvre quelles lectures n'étaient pour rien dans ma lassitude. Les autres restent là pour de bon. 


J'ai connu et connais ces moments-là, ils sont, je crois, nécessaires car ils nous ravivent si on ne force rien, n'est-ce pas ? 


 


Le ciel est lumineux ce matin au-dessus de Liège. Bonne semaine Tania.



Nadejda 10/11/2013 11:33

Féroce mais quelle écriture !! Cet extrait me donne encore plus l'envie de le lire

Christw 10/11/2013 12:00



Il ne fait pas dans la dentelle, sans ménager ceux qu'il veut discréditer. Il y a quelques textes amusants dans ce petit livre.



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