8 décembre 2013 7 08 /12 /décembre /2013 07:00

 

516n3AIF-QL._SL1074_.jpg

 

 

Les événements de Belgique sont bien compliqués

Talleyrand, en 1831 (déjà)

 

 

Non, il ne s'agit pas d'un mode d'emploi destiné aux français nantis et célèbres qui veulent acquérir la nationalité belge. Entendez comment peut-on être belge ? comme vous diriez comment peut-on être européen ? c'est-à-dire comment est-il possible, alors que tant de choses séparent ces gens, qu'ils puissent se proclamer de même identité ? Le livre a été publié, après hésitations, durant la grave crise politique (18 mois) provoquée par la formation compliquée d'un gouvernement à l'issue des élections législatives de 2010. Alors qu'on ne donnait plus cher de la Belgique, qui semblait désormais impossible à gouverner. On sait que les choses ont évolué depuis, ce livre est-il pour autant obsolète ? Je ne le pense pas.

 

La Belgique ne vient pas de nulle part, comme on le répète souvent. En 1830, la formation de l'état indépendant est né d'une révolte, d'un sentiment de mécontentement envers le régime hollandais plutôt que d'un projet véritablement idéologique. L'opinion catholique inspirée par Rome rêvait du triomphe de la «vraie foi», opposée aux calvinistes hollandais du Nord et au monarque de la France rationaliste des lumières. Et les libéraux étaient animés par les libertés des droits de l'homme et par la répression de plus en plus sévère des droits de presse. En y ajoutant un soupçon de nationalisme anti-hollandais et le désordre social dû aux conditions difficiles dans les fabriques durant l'industrialisation, les ingrédients sont réunis pour l'avènement de l'état indépendant, aux mains politiques de la bourgeoisie.

 

4063505414.jpg Septembre1830, Gustave Wappers (1834)

 

La réflexion de Charles Bricman s'articule sur un événement précis daté du 18 février 1970, sorte de révélation à 17 ans, où il voit à la télévision le premier ministre Gaston Eyskens tenir un discours devant la chambre affirmant que l'état unitaire est dépassé par les faits. Il annonce ainsi la réforme de l'état. Quarante ans plus tard, elle est toujours en chantier et les crises communautaires entre flamands, wallons et bruxellois se succèdent. La rumeur est née que la Belgique pourrait disparaître : mais au profit de quoi ? Que faire de Bruxelles ? Que faire de la dette publique abyssale ?


la-crise-en-belgique-copie-1.jpg

 

Bricman pointe du doigt les responsables politiques qui n'ont pas su, depuis 1970, adapter efficacement les institutions politiques aux faits qui les ont rendues obsolètes. Ces faits vont des querelles linguistiques et différences culturelles aux conceptions idéologiques différentes au nord et au sud, avec, très schématiquement un nord plus à droite et un sud plus socialiste. Le plus épineux réside certainement dans les transferts financiers nord-sud qui donnent aux flamands l'impression de payer pour les wallons (alors que c'était l'inverse durant le rayonnement industriel de la Wallonie d'hier). Mais cette forme de solidarité n'est-elle pas un pilier de l'Europe elle-même, qui demande à tous, malgré les réticences de Madame Merkel , de renflouer les grecs et les autres en difficulté économique afin d'éviter  la faillite du bloc ?

 

Trois ans après le livre de Bricman, on assiste à un renforcement du sentiment belge, manifesté çà et là par les sympathies pour la monarchie renouvelée, l'unité autour des équipes sportives nationales qui font le plein de spectateurs, une stabilité gouvernementale retrouvée. L'auteur ne croit pas en l'indépendance flamande, mais prône le confédéralisme pour les communautés siamoises qui n'ont qu'un seul cœur à leur disposition, Bruxelles. Ce vers quoi semblent s'engager les réformes, jusqu'à ce que, peut-être, les élections de juin 2014 ne bousculent à nouveau fort le pays avec la popularité du parti démocratique flamand NVA (Nieuw-Vlaamse Alliantie) qui propose le séparatisme pur et dur.

 

humeur_685_Bart_dewever_NVA-copie-2.jpg

 Oli - www.humeurs.be

 

Je n'ai rien appris de très nouveau dans ce livre, mais soyons juste, si les notions nous sont familières cela ne signifie pas que nous en ayons une vision claire et synthétique, ce qui me paraît chose faite en refermant l'ouvrage. But atteint dans la simplicité, sans vocabulaire de technocrate. L'étranger curieux qui souhaite en savoir plus sur les origines et la structure de la nation belge en fera son miel. Charles Bricman est journaliste observateur politique, juriste de formation, aimant le pays et il tente de faire preuve d'une honnêteté intellectuelle qui renforce son propos. Dans la retenue : Je reste prudent car j'ai l'esprit conformé d'origine pour envisager l'avenir avec l'humilité que commande la conviction qu'il n'est encore écrit nulle part. Je sais trop bien aussi que dans toute querelle politique, ce qu'il y a de plus prévisible dans le comportement des humains est son caractère irrationnel. 

 

Humour_Progres_Belgique-copie-1.jpg

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Annie 11/12/2013 08:58

Merci Christian pour cet article qui m'a beaucoup appris !
Pour vivre depuis longtemps toujours près d'un autre pays - L'Allemagne, la Suisse et aujourd'hui ll'Italie - et pour les fréquenter assiduement, c'est plutôt la question inverse que je me pose "
Comment peut-on ne pas être.... européen(ne) ?" Car c'est surtout cela que j'ai le sentiment d'être ! Je crains fort, cependant de ne le voir jamais...

Christw 11/12/2013 09:08



J'aime beaucoup les gens qui se disent européens. Dans le monde d'aujourd'hui où l'Europe ne joue plus les premiers rôles, il est important de représenter une entité digne de ce nom et l'Europe
économique et sociale doit en être une.


J'ai parfois envie de me dire citoyen du monde, mais c'est oublier ses racines, auxquelles je tiens. Allez, je suis belge...



colo 09/12/2013 19:00

Je crois aussi qu'il faut s'intéresser de près à la politique, mais cela devient de plus en plus compliqué vu que tant de décisions dépendent d'instances élargies...à l'Europe, mondiales parfois
même. Et on s'y perd si facilement!

La situation catalane est en effet fort similaire à cette envie de certains belges de s'éloigner de leurs compatriotes...


Bonne soirée!

Christw 10/12/2013 07:19



Vous le dites, on s'y perd à moins d'être à temps plein dans ce monde-là. A priori je n'aime pas la politique, c'est un monde où le pouvoir et l'hypocrisie ont trop de place. Je ne dénie pas à
certains des idéaux, mais ceux-là peuvent difficilement évter les bas compromis. 


Mais tout cela fait partie du genre humain, alors ne devons-nous plus être gouvernés par les politiciens ? Quel poids ont-ils encore face à la finance trop libérale ? La politique est aussi l'art
de prévoir : on est, là aussi, loin du compte. 



colo 09/12/2013 16:31

Après près de 40 ans vécus à l'étranger je lis sans surprise votre billet si bien élaboré. Il me semble que les conflits d'aujourd'hui étaient là hier, ils prennent, selon les moments économiques,
des apparences différentes, mais le fond...de loin je vous suis toujours, mais il me manque le vécu, bien sûr.

Rester vigilants et unis!

Christw 09/12/2013 17:45



Nous avons le nez dessus ici comme on dit et les choses paraissent graves parfois, attisées par les médias pour une bonne part. Puis il y a des f.. de m... partout, que toute divergence réjouit.


Je suis content d'avoir fait un tour de la situation belge grâce à ce livre mais suis loin de connaître les vrais dessous des cartes. Un de mes professeurs disait que si l'on ne s'occupe pas de
politique, elle se charge de s'occuper de nous. Il avait  sans doute raison. 


 


Merci de passer régulièrement ici, bonne soirée Colette.



Aifelle 09/12/2013 06:54

Votre billet est très clair et permet déjà de dégager les grandes lignes du livre. Pour moi qui ne suis pas Belge, c'est un bon résumé et la lecture est sûrement éclairante. Je partage votre
inquiétude sur les extrêmes qui exploitent très bien ce genre de situation ; reste à espérer que les électeurs de bonne volonté se déplaceront en 2014.

Christw 09/12/2013 07:02



Bonjour Aifelle.


Ici en belgique le scrutin est obligatoire. Tout le monde (en principe) participe. Ceux qui ne se déplacent pas peuvent toujours espérer qu'une amende ne les rattrapera pas. 


Je suis content d'avoir été clair sur le pays, même si c'est un peu pluis compliqué que cela. Bonne semaine !


 



Dominique 08/12/2013 10:58

vu de l'étranger (ça me fait bizarre de dire ça pour la Belgique que je ne considère pas comme l'étranger !) les bagarres wallonnes/Flammandes sont un peu décalées et devraient plutôt être des
difficultés entre riches et moins riches
j'ai toujours eu l'impression qu'il y a entre wallons et flamands ce qu'il y a entre l'Italie du nord et du sud : un lieu de développement de réussite et un lieu avec plus de difficultés mais peut
être est-ce totalement faux !
par tradition les français sont plutôt du côté des Wallons mais la Flandre et ses richesses artistiques est aussi très très attirante
j'ai lu il y a quelques mois un livre offert par ma fille : comment peut on être allemand ! mais ça c'est un autre problème

Christw 08/12/2013 11:21



Il y a de problèmes entre régions partout, les indépendantistes corses, nationalistes basques, catalans, etc...


Au-delà du problème nationaliste flamand, il y a l'idée que économiquement, la Flandre vivrait mieux sans la wallonie (le niveau de vie y est déjà meilleur actuellement). Je proposerai demain un
extrait sur ce sujet qui reste flou, et c'est justement ce qui me chipote.  


J'aime beaucoup la Flandre, y voyager, mais je ne m'y sens pas partout le bienvenu. Je sens des commerçants (rares mais il y en a) peu enclins à répondre en français. Je pratique le néerlandais
courant mais pas aussi bien que le français par les néerlandophones.


 


Globalement, malgré les signes rassurants (Di Rupo, baisse dans les sondages de la NVA), je reste soucieux quant à l'avenir politique du pays. J'espère que les sages, les modérés sauront se tenir
les coudes.


 



Tania 08/12/2013 09:45

"Il est toujours bien là" : je m'attendais à trouver là-dessous une image d'Elio di Rupo, premier ministre depuis deux ans (un record, ai-je lu dans La Libre, pour un premier francophone), bardaf
!
Les Belges sont nés quelque part en Belgique, et avec mes racines flamandes et wallonnes, ma vie bruxelloise, je continue à espérer que l'Etat fédéral et les régions trouvent leur point d'équilibre
et maintiennent la solidarité entre tous.
Bruxelles, le coeur battant de la Belgique ? Belle image.

Christw 08/12/2013 10:02



Comme j'ai la (fâcheuse?) tendance de montrer ce qui ne va pas ou dérange, j'ai choisi de placer celui qui gêne. Avec le souhait (qui rejoint le vôtre), de ne pas voir le guignol bondir haut de
la boîte en 2014.


 



Me Contacter:

  • : Marque-pages
  • : Livres - Littérature - Christian WERY
  • Contact

Rechercher

Tous les livres sur

babelio.jpg