1 octobre 2013 2 01 /10 /octobre /2013 05:00

La blogueuse Aifelle s'exclamait récemment à propos du prix Goncourt: ce serait bien que ces messieurs pensent enfin  à une femme ! L'idée m'est venue de faire, à ce sujet, un bref état des lieux sur les prochains prix littéraires majeurs.

 

Les prix français les plus connus viennent au devant de l'actualité: le 30 octobre sera l'heure du Grand Prix de L'Académie Française, le 3 novembre viendront le Femina et le Médicis, pour culminer le 10 novembre avec le jalousé Goncourt et son cousin le Renaudot. Depuis que les Georges Sand, Virginia Woolf et consœurs ont secoué le monde de l'écriture en affirmant les plumes féminines, qu'en est-il de la reconnaissance officielle des femmes dans les lettres ? Les talents ne sont pas mis en doute, mais on constate qu'elles obtiennent les faveurs des grandes récompenses bien moins fréquemment que les écrivains masculins, alors que le lectorat devient de plus en plus féminin. 

 

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Depuis le premier chèque (réévalué à 10 € aujourd'hui, à encadrer) en 1903, sept femmes ont obtenu le Goncourt Elsa Triolet, Simone De Beauvoir, Anne Langfus, Edmonde Charles-Roux, Marguerite Duras, Paule Constant, Marie Ndiaye. C'est très peu si on sait que ce prix a été décerné tous les ans sans exception. Deux d'entre elles font partie du jury actuel, Paule Constant et Edmonde Charles-Roux, cette dernière voisine de couvert (et de rayons de bibliothèque) de Françoise Chandernagor. Et on a fait le tour des dames jurés, 3 sur 10 membres au total. 

Peut-on espérer une lauréate du Goncourt cette année ? La répartition des sélections est  inégale même si la part est significative, 4 auteures pour 15 titres:  

 

Marie Darrieussecq

Sylvie Germain

Chantal Thomas

Karine Tuil

 

La présence féminine pour le Renaudot est moins réjouissante : seules Cloé Korman et Patricia Reznikov sont reprises, soit 2/12.  Et l'académicienne Dominique Bona paraît bien isolée dans le jury. 

 

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© Céline Jalabert - Inspiration secrète

 

Les douze dames du jury Femina auront le choix parmi une sélection qui atteint presque la parité (7/15) avec :

Laura Alcoba

Brigitte Giraud

Léonora Miano

Céline Minard

Véronique Ovaldé

Patricia Reznikov

Karine Tuil

 

Il semble que les femmes de lettres du Femina ne sont aucunement partisane, au plan du genre tout au moins,  puisque les seules Gwenaëlle Aubry et Nancy Huston ont obtenu le prix dans les dix dernières années. 

  

Le prix Médicis du roman français voit trois femmes, sur 8 titres, franchir la deuxième sélection, déjà citées précédemment, à l'exception de la réalisatrice Delphine Coulin. Pour ce que je sais du jury Médicis, il n'atteint pas encore la parité. Quant aux sélections pour le roman étranger et les essais, la proportion de noms féminins confirment ces chiffres. Les trois sélectionnées :  

Delphine Coulin

Marie Darrieussecq 

Céline Minard

 

Enfin, les prix de L'Académie FrançaiseInterallié et Décembre proposent respectivement  3 (sur 9), 5 (sur 12) et 2 (sur 15) candidates avec les noms suivants: Nelly Alard, Sylvie Germain, Capucine Motte, Nelly Alard, Judith Perrignon, Monica Sabolo, Karine Tuil, Flore Vasseur, Brigitte Giraud, la première étant reprise dans les trois concours.  Ici encore, la proportion de femmes est inférieure ou très inférieure à celles des auteurs masculins.

 

Faites vos jeux ! L'année passée, seule Emmanuelle Pireyre avait obtenu une palme, avec une féerie que personnellement je n'ai pas trouvée digne d'un grand prix littéraire. Il est simplificateur et insignifiant – mais amusant – de considérer tout cela comme une compétition hommes/femmes, même si les jurés ne prennent sans doute nullement en compte le genre des auteurs pour choisir le livre lauréat. Mais les chiffres révèlent une disproportion marquante qui suscitent des questions auxquelles je me garderai de répondre, en l'absence d'hypothèse suffisamment fondée. Je note cependant que si nous ne lisions que des prix littéraires, nous passerions à côté de vrais bijoux, dûs indistinctement à des auteurs des deux genres – et souvent moins chers. 


mix-remix.jpg © Mix & Remix

 

Informations sur les prochains prix littéraires sur Livreshebdo.

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commentaires

Karyn 21/01/2016 13:37

Bonjour,

J'aimerai connaître le titre et le nom de l'auteur(e) de la 1ère illustration qui accompagne cet article. Est-il possible que j'ai une réponse par mail de votre part ? D'avance merci.

fast 26/05/2014 10:58

J'aime beaucoup ce que fait Karine Tuil, et vu qu'elle a été retenue pour plusieurs prix, j'espère qu'elle sera récompensée au moins une fois!

Christw 26/05/2014 11:15

Je ne l'ai jamais lue, c'est une auteure qui a été beaucoup citée pour des prix. Je ne pense pas toutefois que l'obtention d'un prix juge vraiment de toutes les qualités d'un(e) écrivain(e). Il y a beaucoup de facteurs extérieurs (relations) à l'œuvre qui déterminent l'attribution des palmarès.

Annie 06/10/2013 10:02

Merci pour ce billet si bien documenté ! Il y aurait tant de choses à écrire sur ce sujet ! Pour ma part jesuis toujours attirée par les livres écrits par les femmes. Cela tient à la fois du hasard
et du choix : je suis chez moi en les lisant ! Mais cela ne tourne cependant pas à la manie...

Christw 06/10/2013 10:48



Merci pour ce retour sur le sujet Annie.


Je constate souvent, mais ce n'est pas la règle, que lecteurs et lectrices sont plutôt attirés par des auteurs de leur genre. Je crois que ce n'est pas dû à une question de talent pressenti, mais
parce que les sujets traités et, surtout, la façon de les traiter sont souvent plus familiers, plus adaptés s'il s'agit d'un(e) auteur(e) du même genre que le lecteur ou la lectrice. 


 


Bon dimanche !



Tania 02/10/2013 10:04

J'ai souvent été déçue par les prix littéraires, comme d'autres qui se sont exprimées ici je ne leur accorde plus guère d'importance. Une exception peut-être pour le Nobel de littérature qui m'a
fait découvrir de grands écrivains étrangers.
Votre étude des genres (prix et jurys) révèle des disparités qu'on ne peut imputer à la qualité littéraire, mais sans doute à des privilèges masculins encore très marqués, malgré le nombre
croissant de plumes féminines. Certaines d'entre elles prennent une belle revanche sur le plan commercial, mais c'est une autre histoire.

Christw 02/10/2013 10:42



Oui le Nobel avec Coetzee par exemple, un très grand selon moi.


L'idée principale qui ressort des commentaires est que les prix littéraires n'intéressent pas beaucoup. L'enjeu est peut-être de proposer le cadeau tout fait pour les fêtes. Quant au
masculin/féminin, vous le dites, privilèges des messieurs. Il y a d'autres domaines où le problème mérite davantage l'attention, plus sensibles que celui des livres et de la culture dont ces
derniers sont le miroir éclairant. 


 


Je me dis aussi que, pour les auteur(e)s, quand on sait le travail que coûte, au-delà du talent, l'écriture d'un livre, c'est sans doute le leurre le plus grave que de croire trop dans les
bienfaits d'une récompense. 



colo 01/10/2013 16:25

Que c'est intéressant, merci. Comme vous pouvez l'imaginer, d'ici je ne suis absolument pas les prix littéraires (j'ajouterais , et je m'en fiche).
Toutefois, en regardant les listes que vous donnez, je me suis dit que bien peu d'entre elles sont (à ma connaissance) devenues des grands noms de la littérature. Il en va de même pour les hommes
sûrement. Vous me direz si je me trompe!
A une époque, vers mes 20-25 ans j'ai pris le parti de lire principalement des livres de femmes...je voulais combler un vide dans mes connaissance. Peu à peu je me suis re-diversifiée bien sûr,
mais je surveille de près les écrivaines, c'est encore vrai.

Christw 02/10/2013 10:26



Je suppose que vous parlez des lauréates du Goncourt dont aucune n'est devenue un très grand nom de la littérature. les autres, nous verrons bien. Ce que vous dites est pertinent: en effet, et je
n'avais pas tout à fait mis le doigt dessus, on ne peut pas parler de femmes (les 7 du Goncourt) qui ont marqué la littérature, à l'exception de Duras peut-être et selon moi, Marie Ndiaye qui
apporte quelque chose de nouveau.


 


Il est évident que la littérature qui m'accroche le plus n'est pas à chercher du côté des prix littéraires, à quelques exceptions près. Je pense à Ajar/Gary et plus récemment J. Rouaud ou même J.
Ferrari. 



keisha 01/10/2013 15:42

Je l'avais bien compris ainsi!

Christw 04/10/2013 14:38



.



keisha 01/10/2013 14:15

Billet bien intéressant, mais j'avoue ne pas 'être préoccupée jusqu'ici de ces inégalités. Reflets sans doute de celles dans la société.
Mais doit-on instaurer des quotas? Loin de là, mieux vaut un bon roman d'un homme qu'un mauvais d'une femme (et réciproquement d'ailleurs)
Je me demande aussi si j'ai instauré la parité dans mes lectures, hum.

Christw 01/10/2013 15:00



Ce billet se contente d'observer une situation, je ne propose rien, ni quota ni parité oblgatoire. 



Aifelle 01/10/2013 10:25

Merci Christw pour ce billet si documenté, qui met en chiffres ce que j'ai exprimé à fleur de peau ! Il faut dire que je venais d'écouter une émission sur Olympe de Gouges et la place des femmes au
Panthéon .. no comment ! Je ne fais pas du tout attention aux prix littéraires pour choisir mes lectures, mais c'est aussi révélateur que le reste sur la visibilité dont bénéficient (je devrais
plutôt dire ne bénéficient pas) les femmes dans l'espace public.

Christw 01/10/2013 10:53



J'espère avoir contribué un peu à sensibiliser à cette iniquité, à laquelle les messieurs ne sont pas spontanément sensibles en général.


Dois-je vous dire, un peu contrit, que je compte beaucoup moins d'auteures que d'auteurs parmi mes lectures ? Je promets de faire des efforts...  



Dominique 01/10/2013 08:00

Cher Christian votre billet m'enchante, n'étant pas fanatique du tout des prix littéraires je n'ai pas étudié qui avait une nomination ou non, globalement les candidats à un prix ne m'intéresse pas
beaucoup en tant que tel, souvent (pas toujours ) les romans primés sont décevants qu'ils soient féminins ou masculins,
Si l'on cherche le nombre de grands écrivains femmes on fait le même constat que dans la composition des jurys ou dans les prix attribués
L'histoire de la condition féminine y est certainement pour beaucoup

Christw 01/10/2013 08:30



J'avoue que mis à part le Goncourt qui couronne quelques livres intéressants, des auteurs marquants qui me déçoivent moins souvent que le contraire, je ne suis pas un adepte des prix littéraires.
Mais j'aime l'idée de la compétition, ce qui tourne autour, les surprises, les coups fourrés, les coups médiatiques, bref le monde des lettres qui est loin d'être aussi paisible qu'un bon Proust
au coin du feu... Tout cela m'amuse, car révélateur de la société.


 


Je ne vous cacherai pas que je ressemble plutôt au monsieur de Mix&Remix qui fouine dans les livres à bas pix... 



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