31 juillet 2013 3 31 /07 /juillet /2013 06:00

 

Le jeune homme simple que je connaissais à peine cachait donc en lui l'immense pouvoir de la mort. Il a levé les frontières, uni les entités distinctes de la discontinuité – là, dans la chambre où parvient le chant de l'oiseau. Il s'est retiré sans mot dire et, alors que sa voix n'était rien, son silence est profond. Il a étendu sa vie comme un manteau à fouler; où nous mène-t-il ? Nous arrivons au bord et nous nous penchons pour voir. Mais il est à perte de vue, il se fond dans le ciel lointain; pour nous, le vert tendre des feuilles, le bleu du ciel demeurent; mais lui, tout transparent que soit le monde, il n'en veut pas; il s'est détourné de notre groupe à l'extrême limite de la pointe; il disparaît, faille de l'aurore, il n'est plu. Il nous faut rentrer.1

 

Virginia Woolf -  Sympathie  (1919)  (La fascination du l'étang)

 

1 Le plus surprenant –  le plus élevé peut-être ?  – vient de la vanité de ces mots, car la narratrice apprend à la fin qu'il s'agit d'un malentendu, que le jeune homme n'est pas décédé.

 

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Bonheur du Jour 07/08/2013 05:42


"L'immense pouvoir de la mort".... Impressionnant, n'est-ce pas ?

Christw 07/08/2013 06:13



@Bonheur du jour: Impressionnant et beau à la fois. La façon de l'écrire aussi.



keisha 31/07/2013 10:10


Je ne m'en lasse pas!!!!

Christw 31/07/2013 10:30



@ Keisha: 



colo 31/07/2013 09:28


Je lis vos deux billets à la suite et je me dis à nouveau qu'il est urgent que je lise VW que je connais peu et mal. Parfois je me demande pourquoi il est des auteurs qu'on laisse de côté pendant
des années, se disant qu'on a tout le temps.....comme si aucune urgence de beauté et profondeur ne nous tenaillait.


Merci de me redonner envie, belle journée!


 

Christw 31/07/2013 09:51



@ Colo: Je suis content de pouvoir contribuer à vous la faire découvrir mieux.


Bonne journée !


 



Tania 31/07/2013 08:22


"Mais comme la mort a tout changé" : je relis "Sympathie", exploration d'une émotion profonde qui change la perception de toute chose. Et cette réflexion de Virginia Woolf : "Ainsi brillera le
soleil sur le verre et sur l'argent, le jour de ma mort." 

Christw 31/07/2013 08:33



@ Tania: Je comprends que reviviez de beaux moments avec VW, je constate qu'il y a une densité telle dans ses écrits qu'on les trouvera aussi riches en seconde lecture. 


 



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