26 octobre 2013 6 26 /10 /octobre /2013 06:00

 

... la littérature est quasi réduite au silence. (Gabriel Matzneff, 1977)

 

Les écrivains français dont le travail d'écriture, le style sont remarquables se comptent sur les doigts d'une main. (Gabriel Matzneff, 2013)

 

En grossissant le trait, on pourrait dire que le public semble plébisciter des romans qui prétendent ne pas s'embarrasser d'être écrits, dont la grammaire est simplifiée, proche du parler le plus populaire, et la conjugaison volontairement pauvre. 

 

Le Magazine littéraire, n°535, septembre 2013   

(Jérôme-Alexandre Nielsberg)

 

 

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Brouillon de La Recherche, Marcel Proust - BnF, Manuscrits

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commentaires

Tania 28/10/2013 18:06

En suivant les commentaires ici, je reprends avec plus d'attention ce numéro du ML parcouru trop vite pendant les vacances (par une autre LM). Le discours de Buffon sur le style est disponible sur
le site de l'Académie française : http://www.academie-francaise.fr/discours-de-reception-sur-le-style
"Le style n’est que l’ordre et le mouvement qu’on met dans ses pensées. Si on les enchaîne étroitement, si on les serre, le style devient fort, nerveux et concis ; si on les laisse se succéder
lentement, et ne se joindre qu’à la faveur des mots, quelques élégans qu’ils soient, le style sera diffus, lâche et traînant."
J'aime comme ce paragraphe insiste sur le rythme. Proust ne m'apparaît pas comme un modèle à suivre, mais comme une voix, une musique, une singularité. L'écrivain d'aujourd'hui utilise d'autres
moyens, une autre langue, l'époque a changé. Etre original au plein sens du terme - créer - est l'exigence intime de l'artiste.

Christw 29/10/2013 06:55



Il est évident qu'aucun écrivain contemporain n'a l'idée d'écrire comme Proust, bien que ce dernier reste une référence en matière stylistique. 


 


Je pense que l'écrivain contemporain a diversifié sa palette, plus nerveuse, et qui ose davantage. Quand vous parlez de rythme, j'ai immédiatement à l'esprit le ton qui souvent l'accompagne. Je
suis régulièrement scotché par Philippe Toussaint qui tient un rythme soutenu du début à la fin d'un roman. La scène du pur-sang Zahir dans l'avion sous l'orage (La vérité sur
Marie) me reste gravée.


 


Merci pour le lien vers le discours de Buffon et d'avoir pris le temps, comme d'habitude, d'approfondir soigneusement le sujet. 



colo 27/10/2013 13:32

Oui, je lis en espagnol ce qui est écrit dans cette langue. J'ignore donc si les traductions de ses livres sont bonnes (je sais que Dominique en a lu au moins un d'elle...en français bien sûr),
mais l'écriture y est extrêmement soignée, recherchée, délicate.

À bientôt, bonne fin de journée.

Christw 27/10/2013 13:47



Je note en tous cas ce nom. 


Je ne lis rien en VO, n'ayant pas une lecture assez fluide de l'anglais pour me lancer dans autre chose que des courtes pièces, articles ou notices. Ma trosième langue est le néerlandais que je
pratique encore moins. 


En revanche je suis très sensible aux difficultés et particularités des traductions: cela me plairait d'ailleurs mieux, comme vous le faites si bien, de traduire des écrits que de lire en VO.


 


Bon dimanche !



colo 27/10/2013 10:03

"...se comptent sur les doigts d'une main". Je crois qu'il a raison mais qu'il en a toujours été comme ça. Combien de "bon écrivains" ont-ils traversé les siècles avec succès? Très très peu en
fait. Pourquoi notre époque serait-elle différente?

Je prends par exemple un très grand plaisir à lire les romans d'Almudena Grandes; le style n'a rien à voir avec celui de Proust bien sûr, mais son écriture est fluide, variée, emporte le lecteur.
Rien ne dit pourtant qu'on la lira encore au XXIIº siècle!

Excellente journée!

Christw 27/10/2013 12:51



Notre époque serait différente parce qu'à l'analyse, il apparaît que l'évolution de l'écriture littéraire semble aller vers une simplification, une absence de travail du style. L'hypothèse est
qu'elle reflète l'époque. 


 


Lisez-vous A Grandes en VO ? Je ne crois pas que l'absence d'un style notable entraîne nécessairement l'absence de postérité. 


 


Bonne journée ! Bonne lecture !



Dominique 26/10/2013 15:38

je ne suis pas "à cheval " sur le style non plus mais un minimum est souhaitable, une variété et une certaine richesse de vocabulaire. Il y a des romans écrits très simplement qui parviennent à
nous toucher
Pour revenir à Matzneff si j'apprécie très peu l'homme un de ses livre m'a ouvert à toute une série d'auteurs antiques que je n'aurais certainement pas lu sans lui

Christw 26/10/2013 16:13



Oui, d'accord, je n'apprécie pas beaucoup le personnage non plus.  


 


Et l'écriture simple reste un atout: si vous avez le Magazine Littéraire (avec du Proust) de septembre, essayez de retrouver dans l'article sur le style, la définition de Buffon: c'est
assez théorique mais justement vu. 


 


Bonne soirée !



keisha 26/10/2013 14:26

J'ai un peu lâché votre Amélie nationale depuis quelque temps, bien sûr c'est une femme intelligente et sensible (j'ai eu des échos) et je sais qu'elle pourrait largement beaucoup mieux faire (par
exemple un peu plus long?)

Christw 26/10/2013 14:37



C'est à cela que je pensais, mais je le répète, elle répond, à mon avis, à des exigences commerciales qui arrangent tout le monde. 



keisha 26/10/2013 14:04

Je découvre que mon commentaire elliptique n'est pas clair... Finalement quand mes élèves ne comprennent pas j'accuse leur paresse (ou le fait qu'il s'agisse de mathématiques) mais parfois je me
demande si je ne suis pas confuse et trop rapide. (j'en profite pour dire que j'ai découvert chez dominique que nous sommes de la catégorie latin-maths)
Reprenons:
1) Marcel P est mon chouchou absolu.
2) Sans aller jusqu'à l'imparfait du subjonctif obligatoirement partout, j'apprécie une grammaire correcte dans mes lectures, il faut que le laisser aller soit justifié par le contexte.
Je ne cite pas d'auteurs par gentillesse mais bien des livres me sont tombés des mains à cause d'un relâchement dans l'écriture.
Pour rebondir sur l'exemple d'Aifelle, je n'ai pas l'impression qu'Amélie Nothomb écrive si mal que cela.

Christw 26/10/2013 14:16



Enchanté d'avoir partagé les mêmes matières  !


Merci de préciser tout ceci, je n'avais pas bien compris votre commentaire précédent. 


 


Pour A Nothomb, je trouve qu'elle a une écriture alerte, elle est vive et intelligente, j'aime bien, par contre la personne me déplaît et ce qu'elle raconte... J'ai parfois l'impression qu'elle
écrit pour des ados en mal de devoirs de lectures scolaires. Elle pourrait mieux faire, non ? Mais ce qu'elle fait se vend. 


 


(Il va falloir que je surveille overblog, je ne reçois plus d'avertissement de commentaires par mail.)



Dominique 26/10/2013 11:06

Comment ne pas approuver et applaudir des deux mais à ces citations ?
je suis en train de faire un billet vengeur pour ces livres qui finalement m'ont empêché de lire quelque chose de plus intéressant, de mieux écrit
on ne peut s'en prendre qu'à soi au final mais les critiques et bien souvent aussi les blogueurs ne sont pas trop regardant sur la qualité de l'écriture et il est trop tard quand on le découvre

Christw 26/10/2013 14:09



Vengez-vous Dominique, vengez-vous ! 


Je ne suis pas un inconditionnel de l'écriture stylée (d'ailleurs qu'est-ce que le style ?), mais certains auteurs (à moins que ce ne soit voulu,voir Ravey) me dépriment, pas de musique, pas de
rythme, pas d'inventivité. 



Aifelle 26/10/2013 10:29

Je viens de me procurer "les lettres à sa voisine" de Marcel Proust, avec photos de manuscrits ... et je venais de lire Amélie Nothomb. L'essentiel est de savoir que ce n'est pas comparable et
d'être lucide sur la facilité dans laquelle on peut glisser parfois pour x raisons.

Christw 26/10/2013 14:05



On ne saurait tout le temps lire du Proust !


Bonne fin de semaine, Aifelle, passez un bon moment avec les lettres à la voisine.



Tania 26/10/2013 08:48

Oui, pour la littérature. Tous les livres n'en sont pas. Il y a autant de styles que d'écrivains. (Et se considérer comme le dernier ne rend pas forcément premier.)

Christw 26/10/2013 13:54



Les citations posent un constat que l'article du ML tente d'expliquer: l'absence de style reflète l'époque. Une époque où les auteurs laissent aussi entendre des voix différentes au sein du même
livre: Houellebecq, Ernaux trouvent normal d'avoir plusieurs styles (et Flaubert se retourne au cimetière monumental de Rouen).


 


Un très bon rappel, également dans cet article, de ce qu'est le style selon M de Buffon.


 


Un ouvrage récent de Gilles Philippe à signaler: Le rêve du style parfait (PUF). De même que Bruno Viard explique les raisons d'apprécier l'absence de style personnel
chez Houellebecq dans Les tiroirs de Michel Houellebecq (PUF).



keisha 26/10/2013 07:20

S'il y a une photo des paperolles, je suis cuite!
J'essaie de fuir ce type d'écrits , je pourrais citer des exemples, mais restons gentils, c'est samedi.

Christw 26/10/2013 13:36



Vous n'aimez donc pas Proust ?



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