20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 05:54

 

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Le jury du prix Médicis a joué la carte du risque en couronnant cette féerie. Annoncé comme une compilation de textes composites présentés de manière novatrice - à l'image de la diversité documentaire d'une session sur le web ? -, le livre constitue a priori une cible intéressante pour le chasseur de structures littéraires singulières. John Dos Passos n'avait-il pas réussi dans le récit hétéroclite avec Manhattan Transfer en 1925 ?

 

Il ne s'agit pas d'une histoire ni d'un essai mais de l'énumération de choses qu'Emmanuelle Pireyre trouve belles dans ce monde. Non au plan des apparences physiques mais à celui des idées. 

 

Parler de sujets très divers est louable, insinuer des liens entre eux l'est autant puisque tout se tient avec la mondialisation et les réseaux sociaux. Mais peut-on tout mêler ? On s'étonnera qu'un hacker malveillant, tout sympathique qu'il soit, et qui est sans doute à sa façon un héros des temps moderne, trouve place dans une féerie qu'on voudrait davantage souriante et sereine qu'inquiétante.

 

On surfe sur des idées réformistes qu'on s'attend à trouver dans les conversations  branchées d'un meeting anticapitaliste. Ceci ne fait pas problème, mais lorsqu'on voit pointer la révocation du fonctionnement de la société contemporaine, on s'attend quand même, à un moment ou l'autre, à voler un peu plus haut. D'autant qu'on convoque des noms sérieux comme Giorgio Agamben, Nietzsche, Boris Cyrulnik (de façon voilée pour celui-ci),… qui font espérer plus que des péroraisons absconses. Vrais débats et propositions se font attendre jusqu'à ce que le paragraphe décline gentiment dans une photo insigne répétitive, un chat ado débile voire une touchante collection de baisers. Si si, c'est bien compris, Emmanuelle Pireyre veut parler tendresse et bulles bleues alors que ce monde sombre dans les profits bourgeois et les monstres financiers, c'est aimable mais n'est-il pas un peu mince cet énorme cliché ? Et quelques mots réussis - Il fallut attendre le 16è siècle pour que la note si soit ajoutée à la gamme de do - ne suffisent pas.

 

En cours de lecture, j'ai tenté - je devais passer à côté de quelque chose - de sonder le projet de l'auteure à travers cette vidéo: l'interview traînante ne fait que répéter le livre. Et de concéder elle-même que ses féeries sont parfois tirées par les cheveux.

 

Entre sérieux, futile, fleur bleue et philosophie, le lecteur perd tout repère. Le mixage audacieux pourrait fonctionner, mais on en sort fatigué à force de ne pas s'amuser ni rien apprendreIl ne suffit pas d'arborer crânement des insignes contestataires mais encore faut-il les présenter sous une forme littéraire esthétique destinée à la diffusion. Je n'ai pas le sentiment que ce soit réussi ici. 

 

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La véhémence de ce billet vient évidemment de la mauvaise humeur induite par la volonté d'aller jusqu'au bout du livre. Il aurait mieux valu y renoncer dès qu'il se refusait. L'inventivité d'Emmanuelle Pireyre, sa vivacité intellectuelle n'ont pas suffi, selon à moi, à produire plus qu'un distractif pied de nez. Voilà un bandeau rouge qui ne lui va pas bien.

 

Lu en format ePub sur Sony PRS-T1


 

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commentaires

keisha 18/01/2013 13:55


Chic, nous sommes d'avis différents! Autrement cela serait suspect.


J'ai pris cela comme une fantaisie sans objectif sérieux (et tant pis si EP n'est pas d'accord), lu sans hâte ni contrainte, qui change agréablement des auto fictions lourdes à digérer; Ceci
étant, je reconnais que l'on ne pourrait lire que ce type de livres, on serait frustré.

Christw 18/01/2013 14:44



@ keisha: Ce livre ne me correspondait pas du tout. C'est quand même un prix littéraire de la rentrée et là je ne comprends plus le jury du Médicis.


Mais il est vrai, Keisha, que les avis divergents ont quelque chose de rassurant et finalement c'est bien ainsi, sans quoi le monde serait monotone. 


Comme vous, je lis des choses plus faciles entre des textes plus sérieux, j'ai souvent une prédilection pour les Simenon, un peu ringards, dans ces cas-là. 


Bonne fin de journée et à bientôt ! 



Colo 21/11/2012 20:43


Je profite donc, de fort loin, de votre fureur, pour éviter toute tentation future. Merci!


Merci aussi Dominique pour Maalouf que j'aurais sans doute commandé...


Belle soirée, à bientôt.


 


 

Christw 22/11/2012 05:45



Heureux d'avoir pu vous rendre service. 


Rassurez-vous, ma fureur reste très pacifique 



Tania 21/11/2012 14:55


Voilà une de vos résolutions bien tenues (La grande réclame) ! Contrairement aux fausses promesses d'un titre et d'un prix.

Christw 21/11/2012 15:51



Publier la liste des livres qu'on n'achève pas serait fastidieux et coûteux en énergie. 


Par contre, exprimer le vif mécontentement venu d'une lecture a plutôt un effet libérateur.



Dominique 20/11/2012 11:33


faisons un peu d'humour : l'avantage c'est que vous n'êtes pas encombré par ce livre un clic et il disparait de l'écran 


je plaisant mais quelle frustration d'autant que les prix des livres ont vraiment explosés et les achats ratés que ce soit un achat papier ou ebook cela fait vraiment grincer des dents


Dorénavant je revends immédiatement le livre sur internet mais cela ne console pas et c'est une maigre compensation 


Depuis que je suis à la retraite disposant de plus de temps j'utilise beaucoup les bibliothèques municipales et Lyon de ce côté là est très bien fournie, je perds du temps en aller retour, en
attente de mes réservations mais au moins je n'ai pas de scrupules à rendre un livre pas terminé 


j'ai été déçue récemment par le livre de Maalouf qui est un auteur que j'aime mais son dernier roman m'a laissé de marbre,  j'ai aimé les 100 premières pages du livre de Salman Rushdie puis
je me suis ennuyée ferme....

Christw 20/11/2012 13:07



Je vous avoue que moi aussi j'opte le plus souvent pour les bibilothèques et cela m'évite bien les déceptions ! Il y a tant de livres que j'emprunte et qui ne font pas cinq minutes sous mes yeux
après exploration... 


Avec ce prix Médicis, je suis furieux, d'autant que c'est quand même un livre primé. Je me demande s'il y aura beaucoup de lecteurs pour le défendre. 


 


Je pensais au livre de Rushdie, merci de m'avertir !



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