20 décembre 2011 2 20 /12 /décembre /2011 18:18

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Un a priori pourrait faire envisager cette lecture comme une récréation. On peut aussi en sortir l'esprit nourri des coutumes rustiques d'un autre siècle et des images d'un vieux terroir agricole, le Berry, dont on ne sait rien...

 

Ce n'est pas le récit principal qui justifiera cette satisfaction: son scénario est un peu mince et au moment où il suscite la passion, il achoppe brutalement contre une fin heureuse qu'on n'attend pas si vite. L'appendice en quatre chapitres livrés quelques semaines après l'écriture du roman (écrit en quatre jours) suggère que G. Sand s'est vue reprocher la minceur de son récit. On n'en déduira pas qu'elle fut motivée par l'argent (même si on sait qu'elle a connu des difficultés pécuniaires): il y a maintes raisons plus nobles, exposées dans son chapitre au lecteur, qui la motivent.

 

Au départ, une gravure de Hans Holbein (16è siècle), la danse macabre du laboureur, suscite la tristesse de Sand.

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La vanité des distinctions sociales face à la mort. Le dépassement de cette idée engendre un souci de progrès social : Il faut enfin que la mort ne soit plus ni le châtiment de la prospérité, ni la consolation de la détresse.

Ensuite il vaut mieux peindre les paysans sous un jour poétique et doux éloigné de la menace et de l'épouvante soulignées par une tradition artistique issue du moyen âge et de la Renaissance: ...la mission de l'art est une mission de sentiment et d'amour.

Puis la volonté de donner des pages fidèles à l'esthétique romantique: l'histoire finit par le tableau d'un laboureur en prière dans un sillon, des larmes sur les joues. L'image n'est plus dans les normes aujourd'hui, mais cela place une distance intéressante entre le roman et nous, une distance qui engendre un charme désuet indéniable.

 

Quelle langue donner aux paysans ? G. Sand fait ici le choix d'un français élaboré parsemé de quelques mots d'argot. De la belle langue, c'est de la littérature que diable ! Néanmoins cette belle élocution donne peu de présence aux personnages: on est dans un rêve.

 

Avec l'appendice intégré a posteriori comme un bouquet final pour décrire la noce, on quitte la fiction pour entrer dans une description très authentique de moeurs festives et par cela, le roman devenu composite s'enrichit. Ces rites rappellent combien nos sociétés ont effacé la rudesse et la folie des coutumes de jadis, longues de plusieurs jours, vivantes de joutes, processions et chansons. Nos carnavals restent sans doute le meilleur ersatz de tout cela.

 

Ce Folio classique, présenté et annoté par Léon cellier, étoffe La Mare au diable pour autant qu'on prenne le temps d'approfondir ces compléments documentaires. On y découvre une George Sand informée, motivée et documentée, proche de la vie culturelle et politique de son temps.

 

On lit dans les notes que des chercheurs ont trouvé l'identité des personnes du cru qui ont servi de modèles aux protagonistes du roman. Cela peut paraître un sujet d'étude futile, mais un tel travail doit être passionnant, un vrai voyage dans le temps à la découverte du matériau d'un écrivain, une archéologie littéraire.

 

L'endroit de La mare au diable est indiqué sur une route proche du bois de Chanteloube entre Nohant et Ardentes. Chargé du trouble venu d'un épisode angoissant vécu dans la région par G. Sand enfant (narré dans Histoire de ma vie), le lieu donne au roman la marque d'un envoûtement. Ce qui a certainement contribué à la renommée de ce conte rural.

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commentaires

Dominique 28/12/2011 17:06

Le problème du 'parler" paysan est encore plus flagrant lorsque l'on écoute le livre audio de ce roman ce que j'ai fait il y a quelques temps, on est effectivement à côté des réalités du monde
paysan où Maupassant lui entre de façon beaucoup plus réaliste

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