25 juin 2013 2 25 /06 /juin /2013 05:30

 

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La musique enchanteresse et nostalgique du Testament Français (1995) se poursuit dans le titre même de ce roman de 130 pages. Une mélodie obsédante et discrète comme l'âme russe, au fond de laquelle résonnent en sourdine deux mots révoltants et blessants, homo sovieticus, l'homme russe indifférent et résigné sous les brimades du stalinisme.

 

Dans la petite gare enneigée perdue au cœur de l'immensité glaciale qui s'étend entre l'Oural et Moscou, des passagers résignés attendent un train indéfiniment retardé par les intempéries. Civils et militaires tentent de dormir, engourdis par la fatigue et le froid. Un des voyageurs s'assied à un piano perdu dans un local à l'étage: les larmes aux yeux, il joue un air qui suspend le temps. Andrei Makine raconte l'histoire de ce musicien et extirpe l'homo sovieticus d'une connotation dévalorisante pour l'élever à une dignité rare qui rend justice à un peuple meurtri. Ce livre est avant tout l'histoire bouleversante d'une résistance stoïque contre les entraves d'un régime.


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À la veille de la seconde guerre mondiale, Alexis Berg, jeune pianiste prometteur, s'apprête à jouer son premier concert à Moscou. Ses parents sont arrêtés le même jour et il doit fuir en Ukraine chez une tante où il se terre jusqu'à l'arrivée de l'armée allemande. Il prend alors l'identité d'un soldat russe mort et s'engage dans les combats aux côté des siens, solitaire et en marge, discret au point de refuser les honneurs pour ne pas se faire remarquer. La guerre terminée, les passés de l'homme qu'il n'est pas et de l'artiste qu'il ne peut revendiquer, menacent à chaque instant de le rattraper.

 

Les récits d'Andreï Makine se déroulent comme dans un songe, il voit tout à travers un flou artistique délicat, comme en contemplation. Sans perdre une lucidité qui touche à l'essentiel. 

 

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Andreï Makine

 

Ce livre est un hommage aux artistes qui n'ont pas le droit d'exister. La terreur ou la censure ont mis et mettent en danger la vie même de celles et ceux qui veulent s'exprimer par la beauté1. Il est intolérable de devoir brûler un violon ou de soulever le couvercle d'un piano avec un sentiment de culpabilité. Ce beau roman rappelle que les victimes des bourreaux ne sont pas le troupeau d'idiots du sociologue anti-conformiste Alexandre Zinoviev. 

 

La Musique d'une vie a reçu le prix RTL-Lire en 2001.

 

1 Andreï Makine, né en Sibérie, a obtenu l'asile politique en France en 1987.


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commentaires

la bacchante 12/07/2013 23:49


Tiens, de la musique, ici aussi.

Annie 27/06/2013 16:36


Un bel article, sur un auteur (un de plus ! ) que je devrais lire et une belle conclusion, si juste !

Christw 27/06/2013 16:46



On ne saurait tout lire mais si avez deux heures (ce n'est pas un long roman), vous devriez vivre un bon moment de lecture. 


À bientôt !



Bonheur du Jour 27/06/2013 07:19


J'ai emprunté ce livre à la bibliothèque mais je vais l'acheter car il est essentiel. Un très grand livre. Merci.

Christw 27/06/2013 07:26



@Bonheur du jour: Très content qu'il vous ai touché. C'est bien de se sentir poussé à acheter un livre parce qu'on l'a vraiment aimé. 


À bientôt !



Dominique 26/06/2013 10:05


Quand Makine publia le Testament français la critique fit la fine bouche, il y eu des commentaires désobligeant lorsqu'il obtint son prix et finalement ce son les lecteurs qui l'ont emporté et le
bouche à oreille, parfois la critique à tort 

Christw 26/06/2013 10:23



Dans le milieu des critiques professionnelles (ou pas), où il y a de grands (ou petits) enjeux, dans tous les domaines, littérature, musique et même, oui, photographie, les jugements sont parfois
durs et partiaux. 


Le monde est ainsi fait et c'est bien que le public ait en fin de compte son dernier mot qui permet de ne pas écouter que les voix idéalement placées. Nos blogs servent un peu à cela, non ?


 


Je ne savais pas ces jugements sur Le testament français, merci pour les informations Dominique.


 



Dominique 25/06/2013 17:55


Que du plaisir de lire ce billet, d'abord parce qu'il rend justice à A Makine qui fut longtemps moqué par la critique française et parfois très méchamment


Je le lis depuis son superbe "testament français" que je posséde en livre et en version audio et que j'ai réécouté récemment pendant les quelques jours difficiles de clinique, un récit qui
apporte une telle chaleur humaine que l'on oublie son petit inconfort


Et second plaisir : je n'ai jamais lu ce roman là; je viens de le chercher d'occasion immédiatement et hop il sera là dans quelques jours 

Christw 25/06/2013 18:42



Je ne savais pas que Makine était moqué par la critique française, c'est un homme très humain, peut-être trop sensible et sentimental pour notre époque?


Heureux de pouvoir vous faire découvrir ce titre, je vous en souhaite bonne lecture. 


Et une bonne semaine !



keisha 25/06/2013 16:32


De ce Testament français, je me souviens surtout de la beauté de l'écriture...

Christw 25/06/2013 17:10



@ Keisha: La beauté de l'écriture et de très beaux souvenirs de la France racontée à des enfants. Ce roman m'avait touché. Je retrouve Makine un peu oublié par moi depuis le prix Goncourt.



colo 25/06/2013 12:52


Pour une fois, car ce livre est traduit en espagnol, je l'ai et l'ai lu.


Sensible, oh que oui Makine, et le sort des artistes qu'on passe trop souvent sous silence...à moins qu'ils ne soient très connus.


Ce qui m'a frappée c'est aussi que, comme trop souvent, on ne se rend réellement compte de la brutalité d'un régime, système, que quand on est touché personnellement.


Et on sort de l'homo sovieticus pour être un "homo universalis ".


Merci pour ce beau billet, un livre à garder.


Bonne journée, fort grise ici.

Christw 25/06/2013 13:14



@Colo: Oui ce livre a cette valeur sur laquelle vous insistez bien. Ce doit être un cauchemar de vivre avec la peur au ventre, ne pas oser exprimer ce que l'on pense, Et parfois je crois que l'on
ne sait plus ce qu'il ne faut pas dire ni faire. Tels les parents de Berg obligés de brûler un violon offert par un artiste réprouvé.


Oserait-on tenir un blog libre comme les nôtres sous de tels régimes ? 


 


Bon week-end !



Tania 25/06/2013 10:01


Makine est attentif aux êtres, aux émotions, ses récits sont pleins de chaleur humaine. Belle lumière sur ce clavier Musica.

Christw 25/06/2013 10:26



@ Tania: Il est forcément très sensible aux liens entre deux cultures, la France et la Russie, un thème absent ici.


 


Pour revenir sur les recueils de lettres (Woolf & Vita), je découvre dans une pile presque intacte de bouquins d'occasion achetés en hiver, un livre (chez Labor) d'un choix copieux de lettres
de Félicien Rops.  Il avait une bonne plume à ce qu'on dit.



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