7 juin 2012 4 07 /06 /juin /2012 05:51

Éditions Stellamaris, 2012 - 285 pages

 

Couverture-La-nuit-des-poetesLes Apéciens (Ateliers de Poésie Classique) sont un groupe de poètes et poétesses qui s'est fixé pour objectif de remettre au goût du jour les formes fixes tombées en désuétude ou peu connues. Ils s'ouvrent aussi à l'importation venus d'autres horizons de certains types pouvant être adoptés par la versification française classique qui demeure, à leurs yeux, l'une des plus nobles des littératures de par le monde (je cite ici l'introduction). Centré sur le thème de la nuit, il s'agit de leur second recueil, le premier Écrire est paru également aux éditions Stellamaris. Leur site POESIS très coloré accueille les visiteurs sur une musique classique de circonstance. Avis aux versificateurs en herbe !

 

Le mot poésie est étranger pour moi à l'idée de règle, de convention, de contrainte. Si celles-ci servent parfois des réussites incontestables voire des chefs-d'œuvre, je pense à l'architecture ou aux arts numériques, elles ne sont pas primordiales à mon sens en matière d'expression écrite ou orale, que j'apparente davantage à la musique. Certains argueront que celle-ci est très liée aux mesures et mathématiques. Je n'imagine pas que les plus belles mélodies aient été inspirées par un comptage exigeant de notes, même si elles demeurent fixées dans les limites de règles musicales consensuelles. Voilà le débat ouvert.

J'accorde beaucoup plus d'importance aux aspects sémantiques et à une expressivité moins orientée vers la forme. Le rythme des alexandrins ne me paraît pas plus noble ni plus efficace que celui d'une prose au rythme libre et aux tonalités vivantes bien adaptées à ce qu'elle se propose de d'énoncer.

Vous l'aurez compris, je suis public difficile pour les poètes classiques et pour ceux qui s'y essaient aujourd'hui. Ce qui ne m'empêche pas de reconnaître les efforts nécessaires pour produire des pièces littéraires métrées, un beau challenge. Il m'arrive d'ailleurs de sécher devant un sudoku.

 

Les Apéciens (ils sont 10 co-auteurs) abordent ici la nuit sous tous ses aspects, source d'inspiration inépuisable pour tous les poètes. Onze chapitres répartis par thèmes comme la nuit de l'âme, la nuit des amants, les fantômes, rêves et cauchemars, nuit de fêtes,... Le tout est fort bien présenté sur un papier accueillant avec une belle couverture bleu... nuit.

 

auclairdelalune.jpg

 

Si je me suis fait saisir au corps récemment par les textes du Tango du nord de l'âme d'un genre différent, je ne peux exprimer un avis aussi net sur cette prosodie classique. Tout en saluant la forme qui s'en tient rigoureusement à certains canons (alexandrins, décasyllabes, rimes riches), je regrette le convenu des idées exprimées. C'est bien fait mais ne bouscule pas. La limonade qui ne pétille pas, vous comprenez.

 

J'ai de plus trébuché, et ceci ne dérange que moi, sur certains termes contraints par la rime. Un exemple, pour évoquer la mort :

 

Tu seras, à ton tour, offert en froid repas

Aux vers quelle que soit la longueur de ta piste 

 

Ce piste surgit là pour rimer avec liste deux vers plus haut (pour vie, chemin, route, destin).

 

À ceci s'ajoutent trop d'expressions prévisibles et de lourdeurs académiques : azur, muse, aurore céleste, autel doré, ire des cieux, éther sidéral,... Plus que la versification rigide, ce dernier point a largement nuancé mon regard sur ces textes.

 

Cependant, même si cette poésie ne correspond pas à ma sensibilité, je ne conteste absolument pas les qualités appréciables des pièces présentées dans La nuit des poètes qui méritent certainement de voir salué l'effort abouti des Apéciens.

 

J'ai pu réaliser la chronique de cet ouvrage grâce au site Les Agents littéraires, qui s'est donné pour mission de repérer les meilleurs livres non médiatisés et d'en faire la promotion sur internet. Je les remercie ainsi que les éditions Stellamaris.

 

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Publié par Christw - dans Poésie
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commentaires

Ahmed Bentahar 06/11/2014 15:40

Personnellement, je pense que :
" La rime est infime quand rien elle n'exprime
Sous une forme un fond qui n'est assez profond,
J'ignore la raison que font ceux qui suppriment
Soit l’une ou l’autre que ce soit forme ou bien fond " .

Merci bien fort pour cette lumière éclairante.

Bentahar Ahmed.

Dominique 18/06/2012 14:10

je vais aller me promener sur ce site là, j'aime vraiment énormément la poésie mais comme vous je me souci assez peu de règles, de métrique et autres contraintes.
j'aime par exemple Maurice Scève même si de temps en temps je m'y perd sans comprendre vraiment, cela fait aussi partie du plaisir du texte poétique

Christw 18/06/2012 15:08



Je découvre que c'est un lyonnais !


Je pense aussi qu'il ne faut pas toujours comprendre , il y a beaucoup d'intuitif, de ressenti dans la poésie qui se passent bien de logique, calculs et même de raison.


Ce qui ne signifie pas pour moi que des pensées claires et raisonnées ne peuvent s'exprimer en beaux vers.


 



Tania 16/06/2012 17:23

Pas de mystère, simplement un sublime alexandrin d'un sonnet de Du Bellay - une illustration de ce que vous dites à propos de la poésie, avec ou sans contraintes. Bon week-end.

Christw 16/06/2012 19:17



Content que vous partagiez mon avis sur la poésie ! Un bon week-end. 



Tania 13/06/2012 10:01

Et que pensez-vous de ce vers-ci ?
"Et les muses de moi comme étranges s'enfuient"

Christw 16/06/2012 13:09



Si vous évoquez la musicalité de Du Bellay, je l'approuve et l'admire, sinon je ne saisis pas ce que vous évoquez. Je rentre de vacances et suis sans doute encore dans les vapeurs
pluvieuses... 



Annie 10/06/2012 10:26

Je suis comme vous allergique aux expressions prévsibles. Nous en utilsons tellement dans le langage courant sans parler des discours politiques...

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