24 février 2012 5 24 /02 /février /2012 11:16

 

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Cette question accrocheuse augurerait bien un ouvrage divertissant. Le flâneur sera déçu car il s'agit d'un travail synthétique sérieux réalisé par un enseignant universitaire en psychologie. Il tente de faire dans ce livre la synthèse d'études sur l'idée de pouvoir et ses conséquences On sait que celui-ci joue un rôle important dans les relations en entreprise, en couple, en famille, en politique, bref partout.

Ce travail de vulgarisation (dans le bon sens du terme) est composé d'une soixantaine de questions que chacun peut se poser. L'ivresse du pouvoir existe-t-elle ? Le pouvoir­ modifie-t-il notre sens moral ? Le pouvoir est-il sexy ? Peut-on inculquer des valeurs aux enfants grâce au pouvoir ? La multiplicité des interrogations est exhaustive.

 

L'auteur apporte des réponses sur base de près de 150 expériences faites par des chercheurs sur des échantillons d'individus soumis à des tests dont la description est sommairement mais clairement donnée (les détails des conditions de telles expérimentations sont affaire de spécialistes). Ces études (référencées en fin de volume, dont 80% sont en anglais, ce qui traduit leur portée internationale) ont été réalisées dans les quarante derrières années, signe que le sujet est récent au plan scientifique. Il va de soi que les points traités ne trouvent pas nécessairement de réponse univoque mais plutôt des pistes susceptibles d'appuyer/infirmer les convictions ou idées reçues. Un science jeune disais-je et puis l'humain est complexe.

 

Voici pour exemple une conclusion: Dans notre façon de concevoir le monde, les personnes ayant du pouvoir auraient la possibilité de jouir d'une liberté d'action selon leur propre volonté ou leur caractère alors que les autres seraient condamnées à agir selon leur devoir, c'est-à-dire finalement selon les circonstances. C'est sûrement dans cette façon d'expliquer le monde que transparaît le mieux l'attrait du pouvoir. On remarque le conditionnel prudent. Ceci permet au futur lecteur de situer la portée et la complexité du sujet abordé.

 

Je ne voudrais pas que le sentiment domine, après la lecture de ma chronique, que ce livre ne fait pas la démonstration d'affirmations formelles: ainsi au fil de ma lecture, j'ai découvert que les habitants des pays nordiques (Finlande, Suède,...) supportaient moins les inégalités alors qu'en Amérique du Sud, on préfère des valeurs fortes de pouvoir (la France, à la 37é position de ce classement, adhère à des valeurs assez fortes de pouvoir). Si ce sujet vous intéresse, j'ai trouvé cette étude. J'ai aussi appris pourquoi les gens puissants sont perçus de façon extraordinaire avec des qualités, mais aussi des défauts, loin du commun des mortels - ce dont certains medias font leur beurre ! Très révélatrice aussi la conception verticale du pouvoir: plus la distance en hauteur est élevée plus le pouvoir est important. Un patron n'aura jamais son bureau dans la cave et l'organigramme d'entreprise marque les distances de haut en bas sur papier. Au Moyen Âge chaque ville cherchait à construire la cathédrale la plus haute. De nos jours, les gratte-ciel ont remplacé les édifices religieux dans l'inconscient collectif.


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Les recherches expérimentales confirment que la détention d'un pouvoir à quelque niveau que ce soit comporte des risques, dérives et pièges pour tous, leaders ou subordonnés, hommes ou femmes, et ils sont bien décrits. Exemples: le pouvoir exacerbe la sensualité de celles et ceux qui l'exercent, l'ivresse du pouvoir existe, le pouvoir rend plus optimiste, les conduites de harcèlement sous couvert d'une pratique sociale légitime sont démontrées, la sous-évaluation de délais temporels semble manifeste chez les responsables de direction.

L'auteur apporte néanmoins toujours les nuances utiles à une information digne de foi et n'hésite pas à souligner les contradictions d'études différentes. Ainsi, la nécessité de l'autorité est également soulignée à travers l'inefficacité du laisser-faire.

 

J'ai envie de suggérer ce livre aux professionnels impliqués dans des formes d'autorité, que ce soit enseignants, présidents  d'associations, éducateurs ou... parents. Il conviendra aussi à ceux qui se préoccupent de bien-être au travail. Le simple curieux trouvera sans doute fastidieux de lire cet ouvrage du début à la fin, mais il prendra plaisir à le rouvrir pour y trouver un éclairement utile, car son organisation permet une recherche ponctuelle aisée.

Un lecteur attentif ne manquera pas de mettre à profit cette lecture pour aiguiser son regard perspicace sur les campagnes électorales en cours ou à venir...  

 

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Je tiens à remercier Babelio et les Éditions Dunod qui m'ont permis cette découverte intéressante.

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commentaires

Dominique 26/02/2012 14:47

je retiens la référence de ce bouquin, je suis tout à fait d'accord avec l'idée de faire lire cela aux personnes qui ont du pouvoir, qui ne sont pas forcément celles qui ont LE pouvoir mais
suffisamment pour réfléchir à la façon de l'exercer
mon expérience de manager d'équipe de formateurs va tout à fait dans ce sens y compris à s'appliquer à soi-même

Christw 27/02/2012 18:15



Dès qu'on exerce une influence sur autrui, d'une façon ou d'une autre, on dispose d'une forme de pouvoir. C'est vaste ! 


Le livre donne des pistes théoriques intéressantes. Je ne le dis pas dans la chroinique, mais je pense que l'intuition (l'expérience donc) garde une grande importance dans les relations dont
vous faites mention.  



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