27 février 2012 1 27 /02 /février /2012 10:23

 

Umbert Eco / Jean-Claude Carrière

 

9782253156178-GSupposons que pour conserver en étagères les nombreux livres qu'on vous envoie, vous deviez acheter un appartement de cinquante mètres carrés. Les hauteurs de murs utilisables conduisent au prix d'archivage de 40€ par bouquin tout compris. C'est le prix que Umberto Eco a calculé pouvoir demander aux éditeurs qui lui expédient ses œuvres traduites par exemple en... birman ou en croate. Plus cher que le prix du livre ! Finalement il les envoie à des prisons qui en font meilleur usage. Un raisonnement amusant qui amène à s'interroger sur l'aspect matériel d'une bibliothèque. Voilà un exemple des considérations insolites qui attendent le lecteur au long des 350 pages de ce livre.

 

Le dialogue1 proposé entre Umberto Eco et Jean-Claude Carrière (metteur en scène et écrivain) dépasse les conjonctures technologiques pour s'attarder sur les livres tels qu'ils les collectionnent, objets rares et supports culturels essentiels. Les anecdotes historiques et souvenirs personnels de bibliophiles foisonnent, depuis les enluminures du Moyen Âge aux rouleaux de papyrus, en passant par la bibliothèque d'Alexandrie, les presses à bois de Gutenberg et Internet.

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Je vous entends lecteurs contemporains: ces gens-là n'attendent rien du numérique. Eco et Carrière n'ont pas cet a priori et vous répondent que le livre ressemblera à ce qu'il n'a jamais cessé d'être, sous une forme différente, sur un autre support peut-être, mais le livre restera le livre comme la roue reste la roue. On ne peut pas faire mieux et les exigences de la lecture entraînent que son confort s'améliore grâce aux technologies basées sur la digitalisation. Un regret exprimé est que l' hypertexte diminuerait l'intimité lecteur/auteur.

 

Il n'empêche qu'internet suscite auprès des deux locuteurs de grandes interrogations car l'information stockée est démesurée, très diverse en qualité et surtout en fiabilité. Comment opérer un filtrage qui laisse émerger un niveau culturel souhaitable ? Et l'obsolescence des nouveaux supports ne posera-t-il pas le problème de l'oubli faute de durabilité ? Si vous avez écrit à vos débuts des nouvelles conservées sur diskettes 3,5  pouces, les relirez-vous jamais ? Qu'en est-il  pour les descendants de votre investissement dans une collection de CD de Mozart ? Le mot lisible a un sens très technique aujourd'hui: reste qu'un incunable l'est toujours sans autre intermédiaire que l'œil. 

 

Il s'agit d'une conversation d'érudits passionnés et leurs oppositions n'en sont pas car elles font rebondir les sujets en chemins de traverse instructifs pour un large public, pour autant qu'il s'intéresse à l'histoire des documents et à l'évolution des cultures. Vous découvrirez aussi un intérêt marqué pour la bêtise et les faux (Eco est l'auteur de La guerre du faux) qui, par soustraction, permettent une approche de la beauté et de la vérité. On ne traite pas impunément les autres d'imbéciles sans se rendre compte que leur bêtise est précisément un miroir qu'ils nous tendent. Un miroir permanent, précis et fidèle, dit Jean-Claude Carrière

 

Voilà ce que je peux vous renvoyer à propos de ce livre difficile à circonscrire brièvement car la discussion vagabonde allègrement dans toutes les directions, avec humour et décontraction. De bonnes pages que j'ai annotées abondamment sur ma liseuse, signe d'un intérêt toujours soutenu.

 

1 modéré par le journaliste et essayiste Jean-Philippe de Tonnac.

 

2011-09-41

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commentaires

Bonheur du Jour 02/03/2012 08:08

Je lis aussi bien sur un écran que sur un livre. Mais quand un livre me plait, j'aime l'avoir en papier, chez moi - car je suis persuadée que les livres sont vivants et ... oui, j'ose le mot,
autonome. Un livre, ça va, ça vient, on le met sous le bras, dans la poche, on le pose sur une table, on l'oublie quelque part.... On ne pourra pas faire cela avec un ordinateur. Il faut donc avoir
les deux, il me semble. C'est comme pouvoir aller à pied se promener, mais prendre sa voiture pour aller travailler. Les deux font partie de la vie.

Christw 02/03/2012 08:36



Merci de donner votre avis que finalement je partage. Sauf que pour moi, lire du numérique ne signifie pas lire sur l'ordinateur, mais sur une liseuse. L'écran de PC me tue les yeux tandis que la
liseuse est aussi douce que la page papier. 


Je suis très près de votre idée d'écrire le présent. Une belle façon de s'approprier les bonheurs.



Annie 29/02/2012 15:23

Depuis que je tiens mon blog, je lis en surlignant (sur papier ou sur ma liseuse) ce que je ne faisais jamais avant. Une manière, je suppose de m'aider à mieux comprendre, mieux retenir ? J'ai par
contre beaucoup plus de difficultés à lire un texte sur mon écran d'ordinateur. J'ai souvent besoin de l'imprimer, justement pour mieux "l'enregistrer". Je me pose toujours la question : pourquoi ?
D'autant plus à présent que je n'ai pas ce problème avec la liseuse.

Christw 29/02/2012 16:12



Votre remarque est vraiment pertinente et j'éprouve la même chose: il m'est très diifficile de lire sur écran d'ordinateur. Je me demande si la position devant l'écran ne joue pas: tête droite,
mains sur la souris ou le clavier, etc... Je lis sur liseuse confortablement assis, tête baissée, bras dérendus. Et puis l'écran d'ordi est rétro éclairé et scintille à sa fréquence, donc
beaucoup plus fatiguant pour les yeux. Une liseuse fonctionne selon un autre principe d'affichage beaucoup plus reposant. Voilà les raisons qui me viennent à l'esprit. 



Jeanmi 28/02/2012 23:08

Si je devais m'occuper de l'aspect matériel lié à l'écriture, je fais autre chose. D'ailleurs je fais autre chose, c'est ce qui me permet d'écrire. Ainsi je gagne 0.7 € par livre vendu, pas le
Pérou !

Christw 29/02/2012 07:47



Le point de vue du lecteur ou du bibliophile n'est pas toujours celui de l'auteur. Et Umberto Eco ne s'interroge sans doute plus sur le montant de ses revenus d'auteur.


Dans notre monde de consommation, le travail de création, en écriture ou dans un autre domaine, est rarement rémunéré en proportion de l'effort ou de la qualité du travail fourni. Je comprends
votre avis d'autant que je n'ai pas l'écriture facile, la ligne de mots me coûte cher en temps...  



Dominique 28/02/2012 11:43

Aucun problème, je ne souhaite pas non plus échanger ce genre de support, je crois qu'il faut jouer le jeu des droits d'auteur c'est bien le moins, ce que j'attends par contre ce sont des baisses
significatives sur ces supports ou que l'achat papier+ numérique soit très abordable cela diminuerait les risques de fraude !
je vais aller voir cette page d'un peu plus près

Christw 28/02/2012 11:58



J'ai ce problème: s'il faut débourser presque le même prix pour la version numérique, je choisis le volume imprimé. Je crois que le problème vient de ce qu'il n' y a pas (encore) une volonté de
vendre du numérique. Les offres deviendraient intéressantes.


 



Dominique 28/02/2012 09:49

J'ai hésité à acheter ce livre, après lecture de votre billet je crois qu'il va m'intéresser, maintenant il me reste à choisir papier ou numérique ? :-)

Christw 28/02/2012 10:28



J'ai la version numérique mais par respect des conditions du club, je me suis engagé à ne pas la diffuser. Si cela vous intéresse, vous pouvez visiter la page du club et vous y engager
 http://clubdeslecteursnumeriques.wordpress.com/a-propos/


Le livre est dans la liste des ouvrages proposés mais il y a aussi une liste d'éditeurs qui collaborent avec le club.


J'y ai été cordialement accueilli par Hervé http://aldus2006.typepad.fr/ et Delphine http://delphinesbooksandmore.fr/ dont les adresses sont sur la page d'accueil. 


(Désolé mais overblog me pose des problèmes avec les liens dans les commentaires.)



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