9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 08:27

 

9782253142942.jpgAvec ce roman terminé en 1929 sur son bateau l'Ostrogoth, à bord duquel il écrivit au début de sa carrière d'écrivain, Georges Sim inaugure son patronyme Simenon et le commissaire Maigret apparaît pour la première fois en mission officielle. Les publications n'ont pas suivi l'ordre des avènements de l'écriture si bien que Pietr le Letton fut seulement le cinquième Maigret en librairiePour cette première, le commissaire fait fort: perte d'un homme, blessé lui-même à la poitrine, inébranlable nerveusement et aussi résistant qu'un sanglier, il ne dort pas durant plusieurs jours jusqu'à l'aboutissement de son enquête qui comptera quatre morts auxquels s'ajoute le suicide final d'un coupable. Un flic très motivé pour 2200 francs anciens par mois... 

   

Je passe sur les détails de l'intrigue dont vous trouverez partout de nombreux résumés. Je retiendrai surtout les deux théâtres principaux: le palace parisien Majestic et le port de Fécamp1.


Fecamp-copie-1.jpg

 

Retenez encore que le récit exploite intelligemment la ressemblance de jumeaux qu'embrouille une incroyable faculté d'imitation du suspect principal. L'ensemble est plausible et ne traîne pas. Simenon (dois-je dire Maigret ?) ne joue pas la stupeur et favorise la psychologie: il attend la faille. Je vous avoue que je ne considère pas l'intrigue comme essentielle dans un vieux polar: j'en sollicite des atmosphères, des indices de ces années où mes parents grandissaient.


Majestic-copie-2.jpg

Alors laissons le commissaire en convalescence endormi dans un oreiller en plumes et Madame Maigret surveiller ses casseroles, pour nous pencher sur les verres de fil-en-six que Maigret appréciait quelques pages auparavant dans un bistrot louche du port normand. Comme indiqué par l'excellent blog Les alcools des vieux bistrots, il s'agit d'une eau-de-vie devenue très rare. A consommer avec modération: ne suivez ce Maigret-là et surtout pas le letton alcoolique, on atteint les 60° ! 

CopieEcran1374.png 

Entre Paris et Fécamp, le fonctionnaire Maigret voyage en wagon de troisième classe. Celle-ci, avec ses sièges en bois, a disparu de nos régions en 1956: je n'ai pas connu ces trains-là et mes fesses se souviennent à peine des banquettes dures des tramways de Liège.

 

Dans Pietr le Letton, on communique par câblogrammes (le mot saute aux yeux du brocanteur de dictionnaire): comme le nom l'indique, il s'agit de messages transmis par câbles souterrains, sous-marins ou télégraphiques. On câblait son arrivée, on informait par câble. Dans les années folles, le sans fil était moins répandu qu'à l'ère de nos satellites... Il n'y a pas cent ans de cela: on a du mal à imaginer un détective actuel privé de communication sans fil.

 

Si je vous dis encore que Maigret nettoie sa pipe avec des plumes de poulet et qu'il tisonne une grille de poêle à charbon pour avoir chaud dans son bureau, résisterez-vous à l'envie de vous plonger deux heures délicieusement désuètes dans un policier fleurant le cigare Henry Clay ?

 

À chaque époque son charme: j'ai lu ce livre sur ma fidèle liseuse électronique Sony T1 en format ePub.  

 

1 C'est à Fécamp que Simenon a fait construire son cotre l'Ostrogoth.


Ostrogoth.jpg

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Annie 11/04/2012 17:39

Bravo pour ce commentaire . Tout Y est ! C'est vrai que l'on ne lit pas un Simenon, mais un Maigret. C'est le comble de la réussite !

Christw 11/04/2012 18:21



C'est vrai. Ma redécouverte des Maigret me donne un enthousiasme auquel je ne m'attendais pas. La lecture a des ressources insoupçonnables, il suffit de prendre !



Me Contacter:

  • : Marque-pages
  • : Livres - Littérature - Christian WERY
  • Contact

Rechercher

Tous les livres sur

babelio.jpg