29 janvier 2013 2 29 /01 /janvier /2013 07:24

 

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Dès les premières pages, on sent que celui-là aime et sait écrire, a décidé de ne pas le faire comme tout le monde et met son habileté au service de quelque chose de différent. Il ne dit pas tout des événements, il convient d'en imaginer beaucoup, d'ailleurs c'est facile quand on a compris qu'il n'en dirait pas plus, importent d'abord la douleur et les ébranlements glauques sur un ton incantatoire, vrillant la souffrance par les mots, hoquetant l'amertume.

 

Plongée brève dans un univers intérieur de sang, de perte et de mots  l'écriture perçue comme issue , pas assez long pour donner le dégoût mais on frémit, le malaise est palpable et Sade n'est pas loin, car l'érotisme prend sa part de confusion. C'est parfois cru, toujours singulièrement bien exprimé. 

 

Quatre textes compacts pour trente-deux pages intenses.


Dans Un récit, l'individu n'arrive plus à parler, foudroyé qui pense écrire, mais quoi, comment, se prépare à remplir une page, après une tragédie, il y a eu des cadavres, des corps, un accident ? Écrire et lacérer son esprit pour le faire gicler sur ce bon dieu de papier, sur lequel il ne pouvait pas compter, sur lequel il comptait conter. La porte entrouverte incite l'imagination du témoin à coller sa vison sur la détresse. 

 

Puis vient une sombre réminiscence coupable, un crime, sadique certainement, entre les murs froids et oppressants d'un couloir de métro. Laure a-t-elle existé seulement ? une absence douloureuse.

 

Enfouissement, l'enterrement d'une enfant, on ne dit pas si elle est proche, dialogue muet fantasque avec le corps, la terre et le vent dont le souffle vient peut-être du trou, au fond duquel vous imaginerez le manège du fossoyeur, comme un figurant de mascarade fantastique. Tout le monde écoute ce qu'Amandine ne dit pas et tout le monde la comprend, et tout le monde l'aime ce joli prénom.

 

Dernier récit, Paraphrase, comme l'écriture automatique, lire et écrire simultanément, dans un lit à côté d'une femme, un enfant à naître, suite de mots sans ponctuation, fil de la pensée, jouir d'écrire sans contrainte ni virgules, livres sur une étagère et auteurs invoqués, les mots se lâchent sans balises et on en comprend le sens comme nous pensons. ...ça continue comme il ne l'aurait pas cru possible c'est la paradis il y est arrivé et il a l'intention d'y rester il ne sait plus si une lecture a déclenché l'écriture probable  peut-être non il s'en fout ça n'a pas d'importance ça marche tout seul....

 

Ce genre d'écrits, brefs et très expressifs, ne tiendraient pas la route pendant trois cent pages. Serrés, presque lapidaires, ils constituent une belle démonstration de littérature novatrice.

 

Pierre Maury est chroniqueur au journal Le Soir et vit à Madagascar où il est également  éditeur. Ce recueil, publié en 1981, a obtenu le prix Charles Plisnier (1983) qui récompense chaque année un écrivain hainuyer1. Retrouvez le Journal d'un lecteur et le blog sur Livrehebdo.fr. Ne pas oublier sa bibliothèque malgache: voir Immateriel.fr

 

Cordial merci aux éditions belges ONLIT de l'avoir réactualisé et de m'avoir transmis le livre numérique, édité simultanément avec trois autres ebooks à un prix démocratique.  

 

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1 Le Hainaut est cette province du sud de la Belgique, sous Bruxelles.

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commentaires

keisha 30/01/2013 14:16


Que de découvertes en un seul billet! L'auteur m'est inconnu (je ne lis pas Le soir -mais pas le Monde non plus, d'ailleurs) et j'apprends la signification de hainuyer...

Christw 30/01/2013 14:23



Le Soir est surtout un journal belge, personnellement je trouve qu'il a un peu perdu de son prestige par rapport au Monde par exemple. Mais c'est le cas pour tous les
journaux, ils développent tous leur version en ligne forcément. 


 


 



Colo 30/01/2013 07:37


J'ai pris beaucoup de retard en 12 jours...je m'en vais le rattraper poco a poco.


Contrairement à Dominique, j'aime beaucoup le genre "nouvelles" qui me semblent toujours un tour de force.


Merci pour tous ces liens qui vont me permettrent de télécharger à l'aise.


Belle journée!

Christw 30/01/2013 08:34



Très belle journée à vous, content que vous soyez reconnectée à la blogosphère pour partager nos coups de cœur et échanges.


J'aime les nouvelles car, sauf rares exceptions, je n'aime pas lire longtemps d'affilée.


Les textes courts sont très exigeants car on y délaie moins un sujet. Ceux de Pierre Maury ne sont pas à proprement parler des nouvelles, avec une chute espérée surprenante, comme c'est le cas
généralement. On dirait presque qu'elles s'arrêtent comme à bout de souffle.


 



Tania 29/01/2013 11:57


J'ai souvent lu ses articles dans Le Soir, je ne le savais pas nouvelliste - mais les deux vont de pair.

Christw 29/01/2013 17:21



D'après mes sources, il est aussi poète et essayiste à ses heures, un touche-à-tout. 


Ces quatre nouvelles semblent plutôt isolées.


Par contre j'ai découvert sa Bibliothèque malgache, des livres gratuits ou bon marché à télécharger sur Immateriel.fr dont le contenu varié m'est encore inconnu.


Une lacune de mon billet que je vais corriger.


Bonne soirée.



Dominique 29/01/2013 10:10


je ne suis pas certaine de le lire car les nouvelles et moi "ça ne le fait pas"  


Mais par contre je repars plus riche de 2 blogs et d'un nouveau mot  hainuyer, je vais pouvoir briller dans les dîners 

Christw 29/01/2013 10:25



Hainuyer ou hennuyer, j'avais toujours écrit la seconde orthographe mais découvrant l'autre, je me suis dit que cela ferait brillant sur mon blog .


Les éditions ONLIT vont parfois rechercher des anciennetés, il y a aussi ce mois-ci un récit de Georges Eekoud (1854-1927), je le lis actuellement. 


 


 



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