5 février 2012 7 05 /02 /février /2012 08:06

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Éditions Thierry Marchaisse 

 

Je ne sais ce qui a poussé l'auteur à lier dans cette fiction les destins de l'écrivain suisse Robert Walser et du psychiatre français Gaëtan Gatian de Clérembault. Un point commun les rassemble certainement: dans la réalité, ils ont tous deux fini dans un suicide quasi scénique, symptomatique de troubles mentaux. Le roman arrange les circonstances de leur mort et je m'en voudrais de révéler cette part bellement imaginée de l'intrigue. Le clivage de la personnalité qui affecte ces deux personnages est un thème psychologique préoccupant: d'une part la capacité à communiquer, organiser et travailler correctement et le déséquilibre en arrière-plan.

 

satin_de_soie-copie-1.jpgClara, la narratrice, est elle-même affectée d'une passion morbide qui l'a contrainte à vivre dans une maison psychiatrique, lieu de l'histoire. Sa passion érotique pour la soie se manifeste par des pulsions incontrôlables et des vols. Elle est suivie par le directeur de l'institution, le docteur Schwartz, dans lequel on reconnaît le docteur Clérembault, tandis qu'elle éprouve un penchant pour Walter Le Valseur (l'allusion à Walser est évidente), vieux patient schizophrène calme et rêveur, qui met en place une représentation théâtrale avec patients et soignants. Clara et Walter découvrent la sexualité tourmentée de Schwartz: l'intrigue est en place.

 

L'écriture est simple et sans emphase: modération naturelle ou mesure de premier livre ? André Agard n'a rien d'un peintre et les pirouettes littéraires ne trouvent pas place dans l'ambiance grise de cette demeure paisible murée de forêts. J'ai davantage eu l'impression de lire la chronique de faits réels qu'un roman: ce sujet aurait pu verser dans le thriller surfait (le psychiatre fou ferait très cliché), il garde au contraire une constante véracité. Tout au long du texte, l'érotisme déviant est traité décemment mais sans voile.        

 

Alors que la tension grandit à l'imminence de la première théâtrale et d'un événement qu'on pressent tragique, l'auteur en bon psychologue invite à la réflexion: nos sexualités n'étaient pas conformes aux attentes. 

A propos du sujet de la pièce qu'on répète (L'Été de Romain Weingarten): Pour les chats, c'est le désir incarné par le lézard, cause de tous les changements et de tous les ennuis, qui est présent on ne sait où. Les chats sont des réactionnaires, ils sont convaincus que rien ne doit jamais changer dans le monde. 

Et en humaniste: C'est à la façon dont elle traite ses marginaux, ses délinquants et ceux qu'elle étiquette de malades mentaux qu'une société révèle son degré de civilisation.


Clara s'avère vite héroïne attachante du récit, celle qui nous conduit lucidement au fil des pages. La distance très transparente qui s'établit entre la narratrice éclairée et la malade la rend sympathique. Au lecteur d'y voir le message: la diabolisation du patient psychiatrique peut n'être qu'une perception erronée du clivage de sa personnalité. A chacun son lézard.

 

L'attraction morbide pour la soie est le sujet du film Le cri de la soie (1996) d'Yvon Marciano. 

Le docteur Clérembault qui s'intéressait beaucoup aux draperies est l'auteur de Passion érotique des étoffes chez la femme (archives 1908 et 1910).

André Agard est essayiste, psychologue et psychanalyste. Un lézard dans le jardin est son premier roman.

 

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commentaires

Dominique 07/02/2012 09:35

Un texte tentant pour les amateurs de Walser dont je suis

Christw 07/02/2012 09:48



Le roman décrit un personnage proche de l'homme qu'il devait être, je pense que l'auteur l'a dépeint avec une bienveillance qui traduit son admiration. Je vous avoue que je découvre cet écrivain
à travers ce roman. 



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