16 décembre 2011 5 16 /12 /décembre /2011 07:47

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Dans les années 60, un couple américain du Montana connaît une mésentente conjugale. Le fils désemparé tente de comprendre le comportement de ses parents et surtout de l'accepter. Voilà pour l'histoire dont le narrateur est cet enfant unique, un adolescent de seize ans prénommé Joe. 

 

J'ai aimé ce roman dépouillé, net, exhalant le mal-être d'un tableau d'Eward Hopper. 

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Par une technique très visuelle, faite de deux gestes et deux répliques pour donner une présence aux personnages, l'auteur, tout en retenue, livre un texte attachant. 
On dit que la gestation d'un roman de Richard Ford est si minutieuse qu'il n'écrirait (pendant plusieurs années) qu'après notes et réflexions mûries une année durant. Savoir cela évite de penser qu'il s'agit d'un récit anecdotique. 

Rien n'est simple pour les personnages tentés de renoncer à ceux qui les entourent pour ce qu'ils voudraient d'autre, ailleurs, autrement. Jerry a perdu son emploi et quitte sa famille pour trouver consistance en combattant les incendies qui ravagent le pays à l'ouest de Great Falls. Son épouse frustrée a une liaison avec un autre homme au vu et su de son fils. Celui-ci devine la fin de son enfance à travers la discorde de ses parents et s'accroche à ce qu'il peut. Cette scène où Joe parcourt seul les rues de la ville, sans but et espérant partir vers autre chose - mais quoi ? - est poignante. 

Joe acquiert progressivement une lucidité, amère et résignée, pour comprendre que même ses parents font partie des autres: « Et la leçon à tirer de presque toute expérience humaine c'est que, lorsque d'autres sont concernés, même des gens qui vous aiment, votre intérêt ne passe généralement pas en premier, et c'est très bien ainsi. »

Pas de mélodrame dans tout cela: c'est comme ça, voilà. Il y a quand même de bons moments. Et on est sensible, jusqu'aux dernières pages, au devenir de cette famille. 

La technique utilisée par l'auteur fait que les personnages semblent subir leur destinée. Ils agissent comme sous l'effet d'une soumission à un ordre des choses, parce que l'auteur laisse peu de place à l'analyse des sentiments sinon pour souligner le regard, le mot, le geste qui suscitent la perplexité implicite de Joe.
Cette position en retrait de l'écrivain, qui n'entre pas dans les têtes, fait dire à Jean Wagner (La Quinzaine littéraire) dans la présentation, que Ford ne se prend pas pour Dieu mais se contente d'être un romancier. 

On s'explique mal pourquoi on prend goût à un récit: sans doute y-a-t-il une part de soi qui y est disposée ou préparée. Le constat pessimiste (rien n'oblige de le partager) sur les relations humaines que cet ouvrage distille insensiblement ne ternira pas mon sentiment à propos d'Une Saison Ardente. Et le découvrir à travers cette écriture sobre et pénétrante est une agréable surprise.

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commentaires

Dominique 29/12/2011 09:45

Désolée je me rends compte que j'ai confondu deux auteurs Richard Ford et Richard Yates ...

Christw 29/12/2011 10:01



Ne soyez pas désolée, ceci me permet de découvrir Richard Yates que je ne connaissais pas...


 


 



Dominique 28/12/2011 17:02

Voilà je viens d'ajouter ce blog sur mon google reader pour être alertée des nouveaux billets ...je sais que je reviendrai souvent car j'ai l'impression que l'on partage bon nombre de lectures
j'ai vu le film adapté du roman mais je n'ai pas lu cet auteur, j'ai entendu sur france culture des commentaires du dernier roman publié et elles étaient enthousiastes

Christw 29/12/2011 08:21



Je ne savais pas qu'on avait réalisé un film à partir de ce roman. 


J'ai lu aussi Péchés innombrables, un recueil de nouvelles du même auteur. J'en prépare la chronique. 



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