29 septembre 2012 6 29 /09 /septembre /2012 06:00

 

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Il n'est pas nécessaire d'approfondir la pensée du philosophe Anaxagore pour comprendre l'analogie formulée par Frédérique Pernin: selon ce penseur grec, seul le même peut être issu du même. Et si la vache mange de l'herbe qui devient chair de vache, c'est que l'herbe est formée des mêmes particules de chair. Les adeptes de l'hypothèse scientifique qui conçoit l'univers constitué d'une matière unique ne le contesteront pas. 

 

Forts d'un tel principe, les lecteurs autophages sont ceux qui se nourrissent de ce qui leur ressemble. Qu'il s'agisse d'un essai ou d'un roman, le livre se doit d'être facile, familier, déjà compris avant même que d'être lu. Ne lisant que ce qu'ils sont, ils se dévorent eux-mêmes. Inévitablement, même s'il lit beaucoup, un autophage présente de la sous-nutrition; il risque des carences et dans les cas extrêmes la mort de l'esprit.

 

Ne jetons pas trop vite la pierre aux dévoreurs exclusifs de polars, SF, harlequineries ou chick lit. Avouons qu'il est doux de se caler sur le coussin pour se plonger dans un univers familier ou de retrouver un collection amie. Et nos relectures pour le plaisir ne sont-elles pas une forme d'autophagie ? C'est la mesure qui importe, bien sûr.

 

 

Sur base d'un réflexion de Frédérique Pernin dans sa Petite philosophie du lecteur (Éditions Milan).

 

 

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22 juin 2012 5 22 /06 /juin /2012 06:52

Cahiers d'anthropologie sociale - Éditions de L'Herne – 180 pages


 

7ced67c0d648122bcae10129de981341 SVoici un recueil scientifique collectif qui s'adresse aux amateurs d'anthropologie intéressés par l'analyse des comportements liés à la transmission de maladies des animaux aux humains. Néanmoins, grâce à la méthode exhaustive avec laquelle les co-auteurs internationaux (des chercheurs et professeurs anthropologues ou ethnologues) approfondissent chaque sujet, se trouve rassemblée là une quantité considérable d'informations qui captivera tous ceux qui se préoccupent des liens tissés dans les sociétés modernes, de leurs causes et de leur fonctionnement, qui nous concernent tous en fin de compte.

 

De plus, les conclusions présentées ont de telles ramifications sociales et spéculatives qu'on peut parler de travaux de portée universelle tant ils suscitent de réflexions sur notre humanité et son évolution.

 

Ce cahier d'anthropologie sociale reprend une introduction de Frédéric Keck et dix rapports scientifiques récents dont l'un est la réédition d'un texte de Claude Lévi-Strauss. Chaque étude est assortie d'un abstract bilingue français/anglais et des références bibliographiques d'usage. Présentation claire et soignée.

 

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Dès les premières pages, on découvre l'importance des sujets à un niveau global : face aux nouveaux microbes (souvenons-nous des récents virus H5N1 et de H1N1), comment nos sociétés, les autorités, les éleveurs se comportent-ils ? Comment des penseurs tels que Claude Lévi-Strauss se positionnent-ils ?

 

L'intérêt d'une vraie publication scientifique est qu'elle quitte les inquiétudes médiatiques pour livrer une réalité non passionnée. On lit par exemple que les zoonoses (maladies transmissibles naturellement aux humains) ne justifient pas l'obsession d'une pandémie meurtrière alimentée par notre civilisation de la peur. De même, il n'est pas pris position pour ou contre la vaccination animale: il est simplement fait le constat que certains s'y opposent par méfiance vis-à-vis des firmes pharmaceutiques ou par le souci de mange bio.

 

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Voici un aperçu rapide de quelques études présentées qui ont retenu mon attention.

 

La grippe aviaire est au centre de quatre articles : elles révèlent comment les acteurs locaux ont réagi à cette alerte et comment celle-ci traduit les transformations récentes des relations entre hommes et animaux. 

 

Une chercheuse française étudie la référence à la grippe aviaire dans les groupes de défense des droits des animaux : ceux-ci recourent à certains types d'images révélateurs d'une identification à ceux-ci. Montrer par exemple le visage d'un animal entraîne qu'on le voit davantage comme un sujet humain avec les conséquences émotionnelles qui en découlent. Comprendre ceci permet de mettre le doigt sur le sens de la branche anthropologie sociale.

 

Suite à l'émergence du virus H5N1, une publication s'intéresse aux mesures sanitaires imposées dans les ''marchés vivants'' de Hong-Kong puis compare l'attitude différente de groupes taoïstes et bouddhistes face à des associations d'environnementalistes et d'ornithologues. Le point de départ de l'étude est la définition de la biopolitique de Michel Foucauld comme pouvoir de ''faire vivre et laisser mourir'' (priorité à la vie avec masques, antiviraux, vaccins, quarantaines mais rien pour les zones moins exposées du globe) par opposition au pouvoir souverain qui consiste à ''faire mourir et laisser vivre'' (abattages massifs, rituels sanitaires). 

 

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Une étude des virus émergents dans la vallée du Nil en Égypte éclaire le contexte colonial et post-colonial dans lequel l'objectif d'éradication des maladies vectorielles a été remplacé par un dispositif de surveillance par les population locales.

 

L'élevage de rennes en Sibérie a subi des mutations au 20è siècle, de la collectivisation à la privatisation après le régime soviétique avec remise en question des équilibres et des techniques. On explique la disparition de 90% des rennes par leur redistribution aux membres des sovkhozes qui ne savaient plus s'en occuper, suite à la gestion très technologique par des spécialistes sous le régime collectif.

 

Au départ d'une étude sur des chiens dépressifs au Brésil, Claude Lévi-Strauss commente les spéculations d'un médecin contemporain sur les analogies entre la croissance des sociétés humaines et le développement des cellules cancéreuses. Il explique à quelles conditions un modèle emprunté au vivant peut servir à résoudre les problèmes de l'origine du langage et de l'origine la société. Ceci s'inscrit dans le cadre plus large de débats récents en anthropologie. Dans ces nouvelles perspectives, les animaux ne seraint plus des marchandises à échanger dans un commerce libre, ni des cobayes pour une expérimentation sociale, mais des sentinelles dans des systèmes d'alerte précoce.

 

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On le voit, les travaux rapportés dans ce livre volent haut et s'éloignent de préoccupations sanitaires terre à terre. Se placer sur ce plan élevé demande certes un effort au lecteur, mais permet d'ouvrir son horizon et évitera peut-être à l'avenir de proférer des idées simplistes sur des problémes de cette nature. Des opportunités de choix qui donnent une valeur signifiante à cet ouvrage.

 

Je remercie Babelio et les éditions de l'Herne de m'avoir transmis cette publication instructive.

 

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22 mai 2012 2 22 /05 /mai /2012 06:42

 

Éditions Ophrys, 640 pages

 

Les termes nouvelle guerre économique, géoéconomie,... sont définis avec précision par l'auteur dans cette interview proposée sur le site de l'EGEA. 


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Les liens entre les problématiques économiques et les questions de sécurité ont toujours été étroits. Avec la mondialisation et l'extrême sophistication des rapports économiques mondiaux, il est de plus en plus nécessaire de disposer de points de repère clefs pour comprendre les nouveaux enjeux géo-économiques du monde. 

 

Je suis d'avis que les simples curieux doivent pouvoir s'informer au bon endroit, c'est-à-dire là où l'information est dispensée par des experts. En voici une belle occasion. Les compétences1 de l'auteur de cette brique en font une autorité incontestable dans le domaine de la géo-économie mondiale d'aujourd'hui (la publication est de 2011). Nous découvrons avec lui qu'à travers les préoccupations de sécurité, ce sont tous les grands questionnements contemporains qui sont soulevés: démographie, commerce, écologie, énergie, science, armement, information et politique. Il s'agit donc d'un ouvrage précieux et complet pour appréhender le monde actuel.

 

Le livre propose 45 exposés introduits par des questions: Le nucléaire est-il une alternative ? La crise économique présente-t-elle des dangers pour la sécurité mondiale ? La guerre informatique existe-t-elle ? Polluer, un droit des nations riches ?...

Ces exposés sont complétés par des fiches techniques synthétiques: Le défi commercial américain, Les guerres du pétrole, Les achats de terres en Afrique,...

En outre, une dizaine de fiches de lecture traitent d'ouvrages clés comme L'art de la guerre de Sun Tzu ou L'infiltration mafieuse dans l'économie mondiale pour n'en citer que deux

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L'auteur expose des situations problématiques et esquisse des pistes qui ne seront sans doute pas celles d'un militant écologiste ou d'un anti-militariste. Éloignées en tous cas de formulations populistes ou simplistes. Le devoir de réserve dû à ses fonctions l'obligent aussi à rester en deçà des polémiques. Il souligne notamment le danger de conflits que peuvent entraîner des déséquilibres économiques et la politique de désarmement pratiquée par l'Europe d'aujourd'hui.

 

Je n'ai pas encore lu tout l'ouvrage - il faudra des semaines pour lire tout avec le soin requis : j'ai néanmoins découvert la pertinence des sujets servis par des explications claires, complètes et bien documentées, ce qui en fait un bel outil pour des étudiants ou candidats aux hautes écoles, tout en restant accessible à toute personne soucieuse d'être bien informée sur ces questions. J'insiste sur l'accès rapide aux analyses grâce à la structure indexée de l'ouvrage: vous ne devrez pas vous farcir cent pages pour avoir une information complète sur tel ou tel enjeu particulier. Libre à chacun d'aller plus loin à travers la bibliographie abondante proposée en fin de volume. Une liste de sites internet y figure également.

  

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Voici brièvement quelques grandes lignes dégagées par C-A Paillard.


- D'abord l'évidence des tensions à venir engendrées par la croissance de pays émergents, dont celle de la Chine qu'on pourrait comparer à celle de l'Allemagne dans la seconde moitié du 19è siècle, avec les conflits mondiaux qui ont suivi.

- La croissance de ces pays entraîne une demande accrue en ressources et matières premières : une attitude scientiste béate ne pourra résoudre les problèmes économiques posés désormais par le niveau de vie acquis ou espéré.

- L'absence de réponses concrètes aux défis énergétiques : le danger du nucléaire et les énergies renouvelables. Faut-il nous restreindre en prévision de l'apocalypse écologique prédit ?

- La pacification des mœurs géopolitiques n'étant pas à l'ordre du jour, comment considérer la diminution des moyens consacrés à la défense en Europe ?

 

La documentation est là : à chacun de se faire une opinion sur ces défis. 

 

J'ai pu disposer de ce très intéressant ouvrage grâce au site Les agents littéraires, qui s'est donné pour mission de repérer les meilleurs livres non médiatisés et d'en faire la promotion sur internet. Je les remercie vivement. 

 

1 Directeur à la Commission nationale de l'informatique et des libertés, maître de conférence à l'Institut d'études politiques de Paris, enseignant à l'ENA, chercheur à l'Université UBO de Santiago, auteur d'ouvrages et d'articles sur l'économie, les matières premières et la défense.

  

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27 février 2012 1 27 /02 /février /2012 10:23

 

Umbert Eco / Jean-Claude Carrière

 

9782253156178-GSupposons que pour conserver en étagères les nombreux livres qu'on vous envoie, vous deviez acheter un appartement de cinquante mètres carrés. Les hauteurs de murs utilisables conduisent au prix d'archivage de 40€ par bouquin tout compris. C'est le prix que Umberto Eco a calculé pouvoir demander aux éditeurs qui lui expédient ses œuvres traduites par exemple en... birman ou en croate. Plus cher que le prix du livre ! Finalement il les envoie à des prisons qui en font meilleur usage. Un raisonnement amusant qui amène à s'interroger sur l'aspect matériel d'une bibliothèque. Voilà un exemple des considérations insolites qui attendent le lecteur au long des 350 pages de ce livre.

 

Le dialogue1 proposé entre Umberto Eco et Jean-Claude Carrière (metteur en scène et écrivain) dépasse les conjonctures technologiques pour s'attarder sur les livres tels qu'ils les collectionnent, objets rares et supports culturels essentiels. Les anecdotes historiques et souvenirs personnels de bibliophiles foisonnent, depuis les enluminures du Moyen Âge aux rouleaux de papyrus, en passant par la bibliothèque d'Alexandrie, les presses à bois de Gutenberg et Internet.

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Je vous entends lecteurs contemporains: ces gens-là n'attendent rien du numérique. Eco et Carrière n'ont pas cet a priori et vous répondent que le livre ressemblera à ce qu'il n'a jamais cessé d'être, sous une forme différente, sur un autre support peut-être, mais le livre restera le livre comme la roue reste la roue. On ne peut pas faire mieux et les exigences de la lecture entraînent que son confort s'améliore grâce aux technologies basées sur la digitalisation. Un regret exprimé est que l' hypertexte diminuerait l'intimité lecteur/auteur.

 

Il n'empêche qu'internet suscite auprès des deux locuteurs de grandes interrogations car l'information stockée est démesurée, très diverse en qualité et surtout en fiabilité. Comment opérer un filtrage qui laisse émerger un niveau culturel souhaitable ? Et l'obsolescence des nouveaux supports ne posera-t-il pas le problème de l'oubli faute de durabilité ? Si vous avez écrit à vos débuts des nouvelles conservées sur diskettes 3,5  pouces, les relirez-vous jamais ? Qu'en est-il  pour les descendants de votre investissement dans une collection de CD de Mozart ? Le mot lisible a un sens très technique aujourd'hui: reste qu'un incunable l'est toujours sans autre intermédiaire que l'œil. 

 

Il s'agit d'une conversation d'érudits passionnés et leurs oppositions n'en sont pas car elles font rebondir les sujets en chemins de traverse instructifs pour un large public, pour autant qu'il s'intéresse à l'histoire des documents et à l'évolution des cultures. Vous découvrirez aussi un intérêt marqué pour la bêtise et les faux (Eco est l'auteur de La guerre du faux) qui, par soustraction, permettent une approche de la beauté et de la vérité. On ne traite pas impunément les autres d'imbéciles sans se rendre compte que leur bêtise est précisément un miroir qu'ils nous tendent. Un miroir permanent, précis et fidèle, dit Jean-Claude Carrière

 

Voilà ce que je peux vous renvoyer à propos de ce livre difficile à circonscrire brièvement car la discussion vagabonde allègrement dans toutes les directions, avec humour et décontraction. De bonnes pages que j'ai annotées abondamment sur ma liseuse, signe d'un intérêt toujours soutenu.

 

1 modéré par le journaliste et essayiste Jean-Philippe de Tonnac.

 

2011-09-41

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24 février 2012 5 24 /02 /février /2012 11:16

 

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Cette question accrocheuse augurerait bien un ouvrage divertissant. Le flâneur sera déçu car il s'agit d'un travail synthétique sérieux réalisé par un enseignant universitaire en psychologie. Il tente de faire dans ce livre la synthèse d'études sur l'idée de pouvoir et ses conséquences On sait que celui-ci joue un rôle important dans les relations en entreprise, en couple, en famille, en politique, bref partout.

Ce travail de vulgarisation (dans le bon sens du terme) est composé d'une soixantaine de questions que chacun peut se poser. L'ivresse du pouvoir existe-t-elle ? Le pouvoir­ modifie-t-il notre sens moral ? Le pouvoir est-il sexy ? Peut-on inculquer des valeurs aux enfants grâce au pouvoir ? La multiplicité des interrogations est exhaustive.

 

L'auteur apporte des réponses sur base de près de 150 expériences faites par des chercheurs sur des échantillons d'individus soumis à des tests dont la description est sommairement mais clairement donnée (les détails des conditions de telles expérimentations sont affaire de spécialistes). Ces études (référencées en fin de volume, dont 80% sont en anglais, ce qui traduit leur portée internationale) ont été réalisées dans les quarante derrières années, signe que le sujet est récent au plan scientifique. Il va de soi que les points traités ne trouvent pas nécessairement de réponse univoque mais plutôt des pistes susceptibles d'appuyer/infirmer les convictions ou idées reçues. Un science jeune disais-je et puis l'humain est complexe.

 

Voici pour exemple une conclusion: Dans notre façon de concevoir le monde, les personnes ayant du pouvoir auraient la possibilité de jouir d'une liberté d'action selon leur propre volonté ou leur caractère alors que les autres seraient condamnées à agir selon leur devoir, c'est-à-dire finalement selon les circonstances. C'est sûrement dans cette façon d'expliquer le monde que transparaît le mieux l'attrait du pouvoir. On remarque le conditionnel prudent. Ceci permet au futur lecteur de situer la portée et la complexité du sujet abordé.

 

Je ne voudrais pas que le sentiment domine, après la lecture de ma chronique, que ce livre ne fait pas la démonstration d'affirmations formelles: ainsi au fil de ma lecture, j'ai découvert que les habitants des pays nordiques (Finlande, Suède,...) supportaient moins les inégalités alors qu'en Amérique du Sud, on préfère des valeurs fortes de pouvoir (la France, à la 37é position de ce classement, adhère à des valeurs assez fortes de pouvoir). Si ce sujet vous intéresse, j'ai trouvé cette étude. J'ai aussi appris pourquoi les gens puissants sont perçus de façon extraordinaire avec des qualités, mais aussi des défauts, loin du commun des mortels - ce dont certains medias font leur beurre ! Très révélatrice aussi la conception verticale du pouvoir: plus la distance en hauteur est élevée plus le pouvoir est important. Un patron n'aura jamais son bureau dans la cave et l'organigramme d'entreprise marque les distances de haut en bas sur papier. Au Moyen Âge chaque ville cherchait à construire la cathédrale la plus haute. De nos jours, les gratte-ciel ont remplacé les édifices religieux dans l'inconscient collectif.


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Les recherches expérimentales confirment que la détention d'un pouvoir à quelque niveau que ce soit comporte des risques, dérives et pièges pour tous, leaders ou subordonnés, hommes ou femmes, et ils sont bien décrits. Exemples: le pouvoir exacerbe la sensualité de celles et ceux qui l'exercent, l'ivresse du pouvoir existe, le pouvoir rend plus optimiste, les conduites de harcèlement sous couvert d'une pratique sociale légitime sont démontrées, la sous-évaluation de délais temporels semble manifeste chez les responsables de direction.

L'auteur apporte néanmoins toujours les nuances utiles à une information digne de foi et n'hésite pas à souligner les contradictions d'études différentes. Ainsi, la nécessité de l'autorité est également soulignée à travers l'inefficacité du laisser-faire.

 

J'ai envie de suggérer ce livre aux professionnels impliqués dans des formes d'autorité, que ce soit enseignants, présidents  d'associations, éducateurs ou... parents. Il conviendra aussi à ceux qui se préoccupent de bien-être au travail. Le simple curieux trouvera sans doute fastidieux de lire cet ouvrage du début à la fin, mais il prendra plaisir à le rouvrir pour y trouver un éclairement utile, car son organisation permet une recherche ponctuelle aisée.

Un lecteur attentif ne manquera pas de mettre à profit cette lecture pour aiguiser son regard perspicace sur les campagnes électorales en cours ou à venir...  

 

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Je tiens à remercier Babelio et les Éditions Dunod qui m'ont permis cette découverte intéressante.

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27 janvier 2012 5 27 /01 /janvier /2012 11:17

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Éditions Indigène

Collection Ceux qui marchent contre le vent

 

La pauvreté n'est pas incompatible avec le talent littéraire. C'est connu. Qu'un marginal indigent publie son vécu au moyen d'une prose distinguée est exceptionnel.

 

À l'issue d'un divorce, vous perdez tout, votre famille, votre emploi, votre logement: que faites-vous ? Le narrateur, qui est a priori l'auteur, choisit de faire avec ce qu'il a, c'est-à-dire moins que le revenu minimum. En revanche il garde sa dignité et gagne une plénitude intérieure: "vivre en suffisance". 

  

Les premières de cette trentaine de pages font penser à des trucs et astuces pour faire ses courses. On découvre vite que ce type qui plane autour des rayons d'alimentation n'a rien du consommateur lambda. La marginalité se dessine. Puis la situation précaire. Et on s'indigne de ce que cela puisse arriver: "Nous qui sommes dans un pays dit riche...". Et on culpabilise: "Ceux qui se disent pauvres (...) prennent la place de ceux qui ne disent rien et ne se plaignent pas". Enfin on s'interroge.

 

Qui se cache derrière Jean-Roger Geyer ? La quatrième de couverture dit que sous ce nom, se cache un écrivain confirmé et un anti-social qui entend le rester. Une recherche sur le web apprend qu'il a publié postérieurement L'Écrivain Posthume, l'appel presque désespéré d'un écrivain qui est dans les affres du refus perpétuel des maisons d'édition à se pencher sur son oeuvre. Un homme frustré par la vie ? Par la société certainement, au point de devenir anti-social, car il ne se reconnaît plus dans le système politique et économique.

 

L'art est de trouver une satiété en vivant du peu avec conscience. Ce gourmet désargenté se regarde avec dérision, ne se revendique d'aucune sagesse ni doctrine religieuse et n'est plus croyant. Il reconnaît cependant acquérir la capacité d'être plus prêt du choix de Dieu.


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Si ce que dicte la société n'est pas nécessaire pour être bien, une question cruciale demeure: vivrait-il de la sorte s'il avait les moyens et la volonté de s'en sortir ? La constat tragique serait (et c'est sans doute le cas) que certains puissent dégringoler l'échelle sociale avec l'impossibilité de jamais remonter, quelles que soient les circonstances de leur faillite. 

 

Ce que clame cet homme contre le vent s'appuie sur une détermination argumentée. Et parle à notre humanité, d'autant qu'il expérimente ce qu'il dit. Celui qui n'a rien doit trouver quelque chose à donner: ce livre en est le gage.

 

 

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