27 septembre 2012 4 27 /09 /septembre /2012 06:17

 

— Marjan, expliqua le policier, a étudié la psychanalyse à l'université de Téhéran...


— Vous voulez dire la psychologie, mon cher Abbas, répliqua la profileuse d'un ton sec. En Iran, nous nous inspirons davantage du comportementalisme que de Freud ou de votre incompréhensible Lacan. Je ne porte que peu de foi à toutes ces histoires d'Œdipe. Un bon musulman ne saurait tomber amoureux de sa mère. Les règles de la charia sont là pour empêcher de telles perversités...

 

Extrait de Dernier Refrain à Ispahan - Naïri Nahapétian 

 

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24 septembre 2012 1 24 /09 /septembre /2012 10:14

 

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R. Burgin: Pensez-vous qu'un livre comme Ulysse, par exemple, soit une tentative destinée à montrer l'ensemble de l'éventail de la pensée ?

 

J. L. Borges: Oui, mais à mon avis Ulysse est un échec. Quand on arrive à bout, on connaît des milliers et des milliers de circonstances dans la vie des personnages, mais on ne les connaît pas eux-mêmes. On n'y pense pas comme à ceux des livres de Stevenson ou de Dickens: chez Stevenson par exemple, des personnages peuvent apparaître sur une seule page mais vous avez l'impression de les connaître, ou qu'il y a plus long à en savoir à leur sujet, tandis que Joyce nous fournit des milliers de détails sur eux. On sait qu'ils sont allés deux fois aux toilettes, les livres qu'ils ont lus, leurs poses exactes quand ils sont assis ou debout, mais c'est superficiel. On dirait que Joyce passe dessus avec un microscope ou une loupe.

 

Extrait de Conversations avec Jorge Luis Borges - Richard Burgin (L'Écume des Flammes).

 

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22 septembre 2012 6 22 /09 /septembre /2012 05:21

 

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Il y avait une telle futilité inhérente à la vie, qu'elle rendait l'existence semblable à un rêve. Presque tous les jours, je sentais que le monde était irréel, mais je devais faire comme s'il était réel, juste au cas où il se révélerait l'être. Et jouer cette comédie était pour moi une pression de tous les instants, un fardeau immense. Pourquoi les gens n'admettent-ils pas tout simplement qu'ils ressentent la même chose que moi ? Pourquoi ne se réunit-on pas dans des groupes, autour du monde, pour exprimer notre protestation ? Mais je n'ai jamais dit ça à personne. À la place, j'ai continué de faire semblant.

(...). Arrivée au milieu de la vingtaine, je ressemblais à ces femmes cubistes que Picasso adorait peindre, ma personne entière vibrant de colère et volonté mélangées, s'embrasant tels des incendies à peine maîtrisés.

 

Richard Burgin - Rendez-vous en enfer  (Extrait de L'Écume des Flammes)

 

 

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30 août 2012 4 30 /08 /août /2012 07:15

 

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(...) Aucun signe de vie, aussi loin que porte le regard, et même la mort semble être allée dormir; à peine si un coup de feu rompt sur le front le silence de midi. Aucun son ni mouvement ne révèle que des régiments entiers se dissimulent ici. Une paix profonde semble régner, seule la nature dialogue avec elle-même.

Et cependant l'œil ne peut rester aveugle à la discorde qui déchire ce pays si bien fait pour qu'on y sème et qu'on y récolte. Il doit être coupé par la frontière entre l'Artois et la Picardie, ces deux antiques et riches comtés dont la population allie dans son tempérament la vivacité gauloise et le sérieux flamand. C'est un vieux terroir à la fertilité facile et généreuse, une vaste plaine riante, animée parfois de molles ondulations, riche en eau et couverte d'un habitat très dense. Les parcs des innombrables manoirs, encore environnés d'un souffle d'Ancien Régime1 bien que depuis longtemps, peut-être, un industriel ou un banquier parisien vienne y passer l'été, ont sauvegardé en partie le style de gravité aimable propre aux jardins de Le Nôtre; les nombreuses petites églises sur lesquelles, depuis son évêché de Cambrai, Fénélon étendait sa tutelle bienveillante sont encore combles le dimanche, et les villes provinciales où couve une vie morne et confortable présentent encore ce même extérieur endormi sous la surface duquel les Balzac et Stendhal découvraient des passions aussi ardentes et des intrigues aussi tortueuses que partout dans le monde.

Mais aujourd'hui, tout cela s'est estompé comme un pastel éphémère et un burin d'acier a marqué ce pays, d'ici jusqu'en bas des Flandres et jusqu'en haut des Vosges. Des bastions se sont répandus sur ses champs et dans les vilages en ruine ont pris position de puissants canons. Sur ces campagnes où devraient maintenant mûrir de lourds épis jaune d'or s'est plaqué un masque dont l'aspect fait trembler le contemplateur solitaire. Même si quelqu'un ignorait tout ce qui s'est passé et qu'il fût soudain transporté ici, son sentiment décèlerait à coup sûr l'esprit d'anéantissement dont les traits sont gravés dans le sol et dont la froideur glaciale transit de son rayonnement noir, même la scintillante lumière du soleil.

1 En français dans le texte.

 

 

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12 août 2012 7 12 /08 /août /2012 05:38

 

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Il est des moments où le nom d'un blog trouve amplement sa justification. Ainsi ce Jusqu'à Faulkner de Pierre Bergounioux (L'un et l'Autre, Gallimard) dans lequel je musarde cet été est truffé de marque-pages1: je n'en suis pas au tiers de la lecture et il paraît tel un atoll de beaux instants de réflexion émergeant de l'accalmie livresque estivale. 

Aussi et afin de ne pas laisser ce blog dormir trop sous les rayons d'un soleil enfin hardi sous ma latitude, il est cette page-ci que je tiens à marquer pour partage:

 

(...). Le reflet qu'on découvre aux pages des livres, quelque imparfait qu'il soit, peut passer pour la réalité. Lire n'est pas une opération neutre, l'enregistrement passif d'un fait préconstitué. Nous projetons notre expérience dans l'image qui naît des caractères imprimés. Nous contribuons dans une mesure décisive à l'évènement très particulier qui mêle des personnages fictifs aux êtres de chair parmi lesquels nos jours se passent, des objets impalpables à ceux, solides, palpables qui mêlent l'espace. Nous corrigeons à notre insu, les approximations ou les lacunes de la narration. D'une indication succincte, d'un nom, d'une simple initiale, K, nous tirons quelque chose, quelqu'un dont la destinée peut nous intéresser au même degré que celle d'un objet matériel, d'une personne vivante. Le travail irréfléchi, correcteur, créateur de la lecture peut s'accomoder d'un matériau médiocre, rectifier l'imperfection des éléments qui ous sont livrés, sur le papier. Ainsi notre vie s'étendra-t-elle au-delà des limites, situées et datées, où elle est cantonnée. C'est miracle qu'une poignée de mots enfermés dans les pages d'un livre contiennent, comme des graines dans un sachet, la promesse d'univers foisonnants, colorés, si persuasifs et détaillés qu'ils rivalisent avec celui que nous habitons à l'enseigne de la réalité.

 

1 Marque-pages virtuels car j'ai depuis longtemps abandonné signets et bouts de papier au profit de rappels et annotations sur liseuse électronique à laquelle je fais entière confiance. (Pour rappel, ma fidèle liseuse Sony PRS-T1, je la cite très volontiers car ceci me vaudra quelques visites supplémentaires sur le blog, de la part de celles et ceux, et ils sont nombreux, en quête d'informations sur les outils électroniques contemporains).

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7 juillet 2012 6 07 /07 /juillet /2012 06:12

Traduit de l'anglais par Michèle Albaret

 

De ce livre vous apprendrez plus un autre jour. Je préfère aujourd'hui en partager le bouquet. 

 

(...). Des protestants, bien sûr, propriétaires terriens dant les terres étaient désormais aux mains d'usuriers, passées dans des achats obligatoires, dont la fortune familiale s'était vue dilapidée du fait des impôts, des droits de succession, de l'inflation. Cela étant, qu'ils supportaient courageusement, admirablement, leur préjudice ! En les observant, je comprenais qu'une éducation comme la leur vous préparait non point à la noblesse terrienne mais à ce jour lointain, auquel les Lawless étaient arrivés, où les atours de la gloire ont disparu et où seul demeure le style. Tout cela n'était qu'un tissu d'absurdité, bien sûr, mais pour moi, produit d'une éducation catholique post-paysanne, ils incarnaient des créatures parfaites. Oh, ne m'accusez pas de snobisme ! C'était d'autre chose qu'il s'agissait, d'une fascination devant le spectacle du raffinement pur. Dépouillés des charges assommantes que représentaient richesse et pouvoir, ils étaient libres d'être purement ce qu'ils étaient. L'ironie tenait en ce que la forme d'existence que prenait leur raffinement m'était totalement familière: bottes de caoutchouc, poulaillers, pulls informes. Familière, mais, ah, transfigurée. La justesse de ton et de gestes à laquelle je pouvais éventuellement aspirer, eux l'avaient d'instinct, inconsciement. Leur banalité était inimitable.

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Le goût de son rouge à lèvres rappelait quelque chose de l'enfance, de la pâte à modeler ou des bonbons à trois sous.

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Dans des moments pareils, on sent la mémoire qui rassemble son matériel, les yeux en vrille et vorace, pareille à un photographe tombé en démence. Je ne parle pas des grandes scènes, des couchers de soleil et des accidents de voiture, je parle des clichés en noir et blanc chiffonnés, mal éclairés, cadrés de travers et flanqués d'une empreinte de pouce crasseux à l'avant-plan. Ce sont les images de Charlotte que j'ai à l'esprit. Sur les meilleures, elle n'est même pas là, quelqu'un a heurté mon coude, ou bien la pellicule a un défaut. Ou peut-être était-elle là et s'est-elle retirée avec un sourire peiné ? Il ne reste que son éclat. Il y a ici une chaise vide sous une lumière de pluie, des fleurs coupées sur un établi, une fenêtre ouverte sur des éclairs qui luisent par intermittence au loin dans le noir. Sur ces photographies, son absence palpite de manière plus puissante et plus poignante que n'importe quelle présence.

 

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6 juin 2012 3 06 /06 /juin /2012 06:03

 

Je l'imagine, dans ce bungalow en bois, assise à la table recouverte d'une toile cirée, une main sous la tête, berçant ses désaffections (de son mari) alors que sa longue journée touche à sa fin. Elle était encore jeune - tous les deux, mon père et ma mère, étaient plus jeunes que moi aujourd'hui, c'est certain. Que ça fait drôle de penser à un truc pareil. Tout le monde a l'air plus jeune que moi, même les morts. Je les revois là, mes pauvres parents, jouant avec rancœur à se construire une cabane dans l'enfance du monde. Leur malheur a été une des constantes de mes jeunes années, un bourdonnement aigu et incessant, juste au-delà des fréquences audibles. Je ne les détestais pas. Je les aimais, probablement. Seulement ils me gênaient, ils brouillaient ma vision de l'avenir. Avec le temps, je finirais par les comprendre, mes parents transparents.

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Perdue dans son manteau, ma fille tenait sa tasse à deux mains pour se réchauffer. J'avais noté avec un pincement de cœur ses ongles de bébé, leur teinte lilas pâle. Du jour où on a un enfant, il le reste à vie.

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Je me demande si, dans leur enfance, d'autres gens ont eu ce type d'image, vague et nette à la fois, de ce à quoi ils ressembleraient en grandissant. Je ne parle ni d'espoirs ni d'aspirations ni d'ambitions floues, pas de ça. Dès le début, j'ai eu des attentes précises. Je ne voulais être ni conducteur de train ni explorateur, célèbre bien entendu. Lorsque je m'efforçais de percer les brumes de ce trop réel alors"pour entrevoir le bienheureux maintenant de mon imagination, c'est exactement comme ça, je l'ai dit, que j'aurais vu mon moi futur: homme aux intérêts paisibles et aux ambitions modestes, assis dans une pièce identique à celle-ci, dans mon fauteuil en bois courbé, penché sur ma petite table, pour une sason tout à fait semblable à celle-ci, l'année touchant à sa fin avec un temps clément, feuilles volant de-ci de-là, jours perdant imperceptiblement de leur luminosité et lampadaires s'allumant à peine un peu plus tôt de soir en soir. Oui c'est bien ce que je pensais que l'âge adulte m'apporterait, une sorte de long été indien, un état de quiétude, d'incuriosité paisible, totalement purgé des impatiences tout juste supportables de l'enfance, où tout ce qui m'avait intrigué autrefois était enfin réglé, tous les mystères révélés, toutes les questions résolues et où les moments s'écoulaient un à un, presque à mon insu, goutte d'or après goutte d'or, en attendant, à mon insu ou presque, l'ultime coup de grâce.

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Les rouge-gorge sont une espèce rudement intrépide, et celui-ci affiche une indifférence totale quand Tiddles surgit de la maison voisine et s'approche sournoisement à travers les herbes hautes, il émet même un cri sardonique, ébouriffe ses plumes et bombe sa gorge rouge sang, pour le narguer en lui montrant quel morceau dodu et succulent il ferait, si les chats avaient des ailes.

 

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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 09:21

Jadis, quand elle était petite, quelque part, elle ne se souvient plus où exactement, un parc splendide ou les terres d'un manoir, Ursula se hissa sur la pointe des pieds à hauteur d'un muret couvert de mousse et aperçut un jardin clos, avec des masses de fleurs et d'arbres fruitiers en fleurs, des arbustes exotiques, des vignes gimpantes, tous rassemblés là au soleil, prodigues et joyeux. Dans la lumière rose du souvenir, cela lui apparaît comme un des moments les plus doux de sa vie, riche de toutes les promesses du futur, et elle le garde jalousement au fond de sa mémoire, telle une boîte de bijoux dans un tiroir secret. Si elle y retournait aujourd'hui, elle ne pourrait pas voir par-dessus le mur, elle en est sûre, d'une manière ou d'une autre il aurait poussé, ou c'est elle qui aurait rapetissé, mais elle saurait que le jardin est bien là, plus  abondant et glorieux que jamais, attendant que d'autres viennent y jeter un œil, et soient heureux.

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27 janvier 2012 5 27 /01 /janvier /2012 07:35

 

Puisque je suis capable d’aller au robinet pour rincer ma salade, de faire ma lessive dans un baquet avec mes mains qui brassent la matière, la rincent et la tordent, que je subviens aux charges domestiques, j’ai gagné sur l’impossible d’une telle acceptation par la volonté d’y suffire.

 

***

 

Je vis en gourmet des choses et des êtres et dans ce que je reçois d’amour plutôt que de me nourrir à pleines dents.

 


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17 janvier 2012 2 17 /01 /janvier /2012 16:26

 

Les voyages intérieurs

 

... Mais de même qu'un pas entraîne immanquablement le pas suivant, une pensée est la conséquence inévitable de la précédente et dans le cas où une pensée en engendrerait plus d'une autre (disons deux ou trois, équivalentes quant à leurs implications), il sera non seulement nécessaire de suivre la première jusqu'à sa conclusion mais aussi de revenir sur ses pas  jusqu'à son point d'origine, de manière à reprendre la deuxième de bout en bout, puis la troisième, et ainsi de suite, et si on devait essayer de se figurer mentalement l'image de ce processus on verrait apparaître un réseau de sentiers, telle la représentation de l'appareil circulatoire humain (coeur, artères, veines, capillaires), ou telle carte (le plan des rues d'une ville, une grande ville de préférence, ou même un carte routière, comme celles des stations-service, où les routes s'allongent, se croisent et tracent des méandres à travers un continent entier), de sorte qu'en réalité, ce qu'on fait quand on marche dans une ville, c'est penser, et on pense de telle façon que nos réflexions composent un parcours, parcours qui n'est ni plus ni moins que les pas accomplis, si bien qu'à la fin on pourrait sans risque affirmer avoir voyagé et, même si l'on ne quitte pas sa chambre, il s'agit bien d'un voyage, on pourrait sans risque affirmer avoir été quelque part, même si on ne sait pas où.

 

 

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