8 mai 2013 3 08 /05 /mai /2013 06:00

 

Dès que l'homme se coupe des mythes au nom du réalisme, il n'est plus que de la barbaque.

 

Romain Gary


 

 

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6 mai 2013 1 06 /05 /mai /2013 06:00

 

On croit toujours qu'elles en ont sur le cœur, les mouettes, alors que ça ne veut rien dire du tout, c'est votre psychologie qui vous fait cet effet-là. On voit partout des trucs qui n'existent pas, c'est chez vous que ça se passe, on devient une espèce de ventriloque qui fait parler les choses, les mouettes, le ciel, le vent, tout, quoi...

                                                                                                                    

Romain Gary

 


 

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4 mai 2013 6 04 /05 /mai /2013 06:00

 

 

Rien n'est humain qui n'aspire à l'imaginaire.

 

Romain Gary

 

 

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1 mai 2013 3 01 /05 /mai /2013 04:00

 

Tous ces milliers de mots que vous avez lus depuis toujours, dans tous ces livres avalés depuis l'enfance, tous ces cours, ces articles, sans parler de tous ceux qu'on vous aura dits, que vous aurez dits vous-même, toutes ces myriades de mots que vous avez ingurgités, ils sont toujours là, quelque part en vous, oui, ils n'en sont pas sortis, sans que vous vous en doutiez ils sont là à se combiner secrètement pour vous revenir en tête, à s'agencer dans un ordre que vous ne soupçonnez même pas, tous ces mots ils sont là, tout prêts à vous restituer une histoire dont vous n'avez pas idée, et pourtant il suffirait d'un rien pour la déclencher. [...].

 

Serge Joncour - L'homme qui ne savait pas dire non


 

 

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26 avril 2013 5 26 /04 /avril /2013 03:56

 

On supposait, pour ainsi dire à l'avance, qu'un Américain ne pouvait pas posséder l'aficiõn. Peut-être la simulait-il avec l'excitation, mais il ne pouvait pas réellement la posséder. Quand ils voyaient que j'avais l'aficiõn (et, pour s'en rendre compte, il n'y avait pas de mot de passe, pas de questions préparées d'avance, c'était plutôt une sorte d'examen oral dont les questions, toujours un peu sur la défensive, n'étaient jamais apparentes), c'était alors la même façon embarrassée de me mettre la main sur l'épaule, ou simplement un « buen hombre ». Mais, presque toujours, il y avait contact physique. On aurait dit qu'ils avaient besoin de toucher pour acquérir la certitude.

 

Montoya1 pouvait pardonner n'importe quoi à un torero qui avait l'aficiõn. Il pouvait pardonner les attaques de nerfs, la panique, les fautes inexplicables, toutes sortes de manquements. À celui qui possédait l'aficiõn, il pardonnait tout. Il me pardonna tout de suite tous mes amis. Sans qu'il l'ait jamais dit, il les considérait simplement comme quelque chose d'un peu honteux entre nous, comme l'éventrement des chevaux dans les courses.

 

Le soleil se lève aussi - Ernest Hemingway 

 

 

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1 Patron de l'hôtel où descendent les aficionados et passionnés de courses de taureau.

 

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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 05:00


Or à votre arrivée, alors que vous meniez votre petite transaction avec le porteur dans l'entrée1, les conversations se sont instantanément arrêtées, les buveurs, la tête tournée vers l'apparition blanche sous sa coiffure cuivrée, ont suspendu leur geste, comme si entre leur boisson et vous ils hésitaient un moment, se demandant s'ils ne faisaient pas fausse route, si on ne les avait pas trompés sur le meilleur du monde,  avant d'avaler prestement une gorgée sur le mode mieux vaut tenir une médiocre ivresse que courir tout son soûl après la beauté. [...]. 

 

Pendant ce temps, ignorant ce qui se tramait dans votre dos, vous remplissez scrupuleusement toutes les lignes de la fiche de renseignements. Nom: Monastier, prénom Constance Émile Anastasie (Émile et Anastasie, était-ce le prénom de vos parents ?), date de naissance: 13 août 1841, à Annonay (je m'en doutais un peu), profession: mère au foyer, mais tout vous échappe de ce qui se trame derrière vous et qui dit mieux qu'une description forcément laborieuse à quel point l'apparition de la beauté dans le champ du monde est un effroi, tendant à chacun un miroir en négatif, le suspendant à la prochaine éclipse de cette lumière aveuglante pour revenir en catimini occuper sa place à l'ombre. Pour rendre visible cet éclat l'écriture n'a qu'un pauvre puzzle à proposer, qui demande au lecteur d'agencer mentalement une chevelure aux reflets d'un coucher de soleil, des yeux couleur du temps, un teint de premier matin du monde, un nez hiéroglyphique, un corps de reine, une allure de princesse, de sorte qu'au final on ne sait absolument pas à quoi ressemble la beauté en question. [...]. Il est dès lors plus pertinent de se glisser dans le regard des buveurs du Puy. On peut leur faire confiance. Eux au moins ne se paient pas de mots, et quand un pan de ciel s'invite parmi eux, savent à qui s'adresser: Bon Dieu, font-ils mentalement, le verre en suspens.

 

J'aurais bien aimé m'attarder à compléter avec vous votre fiche, ne serait-ce que pour apprendre le nom et la provenance de vos parents, mais nous aurions raté cette scène stupéfiante de la salle en apnée où le soleil couchant, traversant les grandes vitres de l'établissement, donne un ton acajou aux tables et aux boiseries. C'est un choix d'auteur, bien sûr, mais si j'opte pour votre seul point de vue, comprenez que nous ne verrons que la fiche sur le comptoir, le porte-plume entre vos doigts, l'encrier où vous plongez la plume métallique en veillant à ne pas tacher votre manche de soie. Nous ne verrons même pas la tête du portier qui de l'autre côté du comptoir sur votre droite, dévore votre nuque de lait sous le chignon. Parce que, aussitôt que vous vous serez redressée, il prendra un air affairé, sourcil froncés en se saisissant de votre fiche, et vous n'aurez qu'une pensée, alors qu'il la décortique d'un regard sévère: pourvu qu'il me signale que tout est bien conforme, car je suis trop fatiguée, après cette journée de train, pour chercher un autre hôtel. Heureusement que j'ai pour vous les yeux derrière la tête. Les auriez-vous, alors qu'après avoir sacrifié aux formalités vous prenez l'escalier recouvert dans sa partie centrale d'un tapis rouge maintenu à l'angle des marches par des tringles de cuivre, que vous vous seriez brusquement retournée pour forcer les buveurs à replonger le nez dans leur verre.

 

Jean Rouaud - L'imitation du bonheur 


 

deverell3.jpg The grey parrot - W. H. Deverell (1852-53)

 

 

1 À l'étape du Puy, de retour de Paris, Constance s'apprête à remplir sa fiche de renseignements au guichet de l'hôtel .


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12 avril 2013 5 12 /04 /avril /2013 06:00

 

Aucun régime politique ne pourra jamais maîtriser ce phénomène. Platon aurait beau chasser de sa République poètes et dramaturges; aucun tyran, dictateur, monarque ou président ne pourra bannir les rêves, cauchemars, fantasmes et délires, toute cette activité fébrile par laquelle notre cerveau concocte des histoires et y prête foi, afin que notre existence soit non seulement une existence mais une vie, afin qu'elle nous semble suivre une trajectoire, correspondre à un destin, avoir un Sens.

Jamais ne pourra être dompté l'inénarrable cerveau conteur qui fait notre humanité.

 

*****

 

Les romanciers sont souvent fiers de s'être affranchis des illusions religieuses qui handicapent le commun des mortels. Mais leur esprit est habité voire possédé par leurs personnages, tout comme l'esprit d'une paysanne superstitieuse par Jésus-Marie-Joseph, ou celui d'un fou par le diable.

 

 

Nancy Huston - L'espèce fabulatrice (Actes Sud)

 

 

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8 avril 2013 1 08 /04 /avril /2013 04:57

 

Lui qui, en toute autre chose, apparaît léger, précipité, et avide d'argent, est ici, où la perfection de son œuvre et son honneur d'artiste sont en cause, le plus consciencieux, le plus tenace, le plus intraitable, le plus énergique batailleur de la littérature moderne. Ces placards d'imprimerie, seuls témoins auxquels il puisse se fier, il les aime d'autant mieux qu'il est le seul à connaître la somme fantastique d'énergie, de sacrifices, la passion de perfection qu'exigent ces cinq, ces dix transformations successives, accomplies dans les ténèbres du laboratoire à l'insu des lecteurs qui ne voient que le résultat achevé. Ils sont sa fierté, moins la fierté de l'artiste en lui que celle du travailleur, de l'ouvrier infatigable; et pour chacune de ses œuvres il réunit un exemplaire de ces feuilles couvertes de retouches, gâchées par son travail: la première version, la seconde, la troisième, jusqu'à la dernière et les fait relier avec le manuscrit chaque fois en un volume énorme formant souvent environ deux mille pages au lieu des deux cents de l'édition définitive. Comme Napoléon, son modèle, distribuait les titres de princes et les blasons de ducs à ses maréchaux et à ses serviteurs fidèles, ainsi il fait don d'un des manuscrits de son immense empire, l'empire de la Comédie humaine, comme de la chose la plus précieuse dont il puisse disposer.

 

     Je ne donne jamais ces choses qu'à ceux qui m'aiment, car elles témoignent de mes longs travaux et de cette patience dont je vous parlais. C'est sur ces terribles pages que se passent mes nuits.


Stefan Zweig - Balzac, le roman de sa vie 

 

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27 février 2013 3 27 /02 /février /2013 07:00

 

— On ferait pas mieux de téléphoner au vétérinaire de la commune populaire, le camarade Dong ? demanda Xu.



— Vaut mieux éviter de l'alerter. S'il vient, il fera sûrement une nouvelle piqûre, après quoi il faudra lui donner des médicaments. Après quoi il faudra l'inviter à un gueuleton, et vous savez parfaitement ce qui reste comme argent à la brigade de production.

 

— Alors qu'est-ce qu'on fait ? demanda le comptable.

 

— Un animal n'est pas si fragile que ça. Si vraiment ça ne va pas, on lui fera un traitement traditionnel, c'est tout.

 

Sur les ordres du comptable, nous versâmes une bouteille de vinaigre dans la gorge de Double Échine car, selon le docteur aux pieds nus du village, le vinaigre avait des vertus anti-inflammatoires et anti-douleur. Nous trouvâmes aussi un nid de frelons grand comme un chapeau, le brisâmes et forçâmes Double Échine à l'ingérer car, selon le père du comptable, le nid de frelons avait la vertu de combattre le poison par le poison. Nous fîmes venir aussi de la pommade à base de chaux vive que nous passâmes sur la peau de ses bourses, car la chaux était réputée pour désinfecter et anéantir les virus.

 

J'espérais de tout mon cœur que Double Échine se rétablirait, sinon on ne nous laisserait pas tranquilles, moi et maître Du. Mais au lieu de s'améliorer, son état s'aggravait. (...).

 

Mo Yan - Le veau (Seuil)

 

 

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22 février 2013 5 22 /02 /février /2013 06:09

 

Notre savoir n'est autre que ce que notre pensée parvient à saisir du chaos avec le moins de confusion possible. Entre une croyance et une vérité, il n'y a pas une différence de nature mais de degré de précision raison pour laquelle Montaigne en appelle pour lui-même à un gai savoir comme à une docte ignorance.

 

Frédéric Schiffter - Philosophie sentimentale (Seuil)

 

pic_422.jpg © Olivier Marbœuf

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