Livres - Littérature - Christian WERY

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La crue de juillet - Hélène Lenoir

 

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Thérèse débarque dans une ville étrangère, en Autriche semble-t-il, peu importe, pour y faire l'interview d'un célèbre artiste peintre. Rien ne se déroule comme prévu, Dora qui devait l'héberger n'est pas chez elle, un mot sur la porte, se débrouiller avec la concierge de l'immeuble. Mais voilà, au point où elle en est, le temps magnifique après les jours pluvieux, profiter un peu, au diable l'amoureux en sursis qui impose ce reportage, une rencontre pourquoi pas, l'idée effleure. Le serveur d'une terrasse ensoleillée explique le malheur survenu à une maman tchétchène noyée dans le fleuve en crue, tentative de sauver son enfant tombée accidentellement à l'eau. Le drame émeut la ville, sauter dans un fleuve fou, sauter dans l'inconnu, au mépris du danger, des appréhensions, s'attabler à la table de ce quinquagénaire qui l'observe avec insistance. Tout s'enchaîne dans le flot tumultueux d'attirances et de gestes non prémédités.


C'est à cause du drame du fleuve que Dora, responsable du centre d'accueil des réfugiés est empêchée ; elle s'occupe du comité de soutien pour rapatrier la famille. On ne l'apprend que vers la fin, une histoire de cœur aussi, mais ce n'est pas l'essentiel, Dora n'est pas là et Thérèse s'abandonne à la ville inconnue. Le quinquagénaire, Karl Richter, d'un regard, est sous le charme de Thérèse au point de changer de terrasse pour le déjeuner: s'approcher. Quand elle a fait le pas, tous deux, face à face, yeux fuyants encore, ne semblent comprendre ni se comprendre. Débute un chassé-croisé pour ces êtres qui ne savent ni ne veulent. Trame sonore des dialogues, en style indirect souvent, paroles interrompues, monologues intérieurs par bribes, avec le grondement des avions lourds qui n'arrêtent pas de décoller. Un ton, une atmosphère fiévreuse, réalisme saisissant, peu d'introspection psychologique, des gestes saisis comme arrêts sur image, on voit le film, c'est un livre fort cinématographique, attachant.

 

Hélène Lenoir est une auteure discrète qui poursuit, au rythme d'un livre tous les deux ans, depuis vingt ans, une mécanique narrative qui suscite un univers quotidien banal teinté d'étrangeté. L'histoire est ténue, l'écriture envoûtante et remuante réalise la gageure d'exalter l'ordinaire - mais une rencontre l'est-elle jamais ? La communication pose problème chez ses personnages : portables coupés, absences, messages qui n'aboutissent pas, masquage du nom. Et le frein ultime : faut-il se livrer ? Thérèse y consent librement, Karl tente de dissimuler sa fascination pour la jeune femme.

 

Les derniers chapitres accélèrent le rythme et la narration, dans la forme et la cadence - lui, elle, lui encore qui fonce vers elle qui ne le sait pas -  suspend le lecteur à l'enchaînement des pages. Suspense sentimental. 

 

À partir de quelques élément épars, l'écrivaine construit un récit qui fonctionne bien grâce à une écriture prééminente. Le fil conducteur est éternel, l'attirance mutuelle de deux êtres, on n'invente rien mais il y aura toujours, éternellement, une façon de raconter cela autrement: nul doute qu'Hélène Lenoir y est parvenue.   

 

Lisez les articles de l'Humanité, de l'Express Culture  et de la Croix.

 

1908503.jpg© Hélène Bamberger

 

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D
Bonjour Christw, je ne connais pas du tout Hélène Lenoir. Je note ce roman. Merci du conseil.
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C
<br /> <br /> Bonne lecture si vous y allez, elle en a écrit une dizaine, celui dont je parle est le dernier en date.<br /> <br /> <br /> <br />
B
Vous en parlez vraiment très bien. Je ne crois pas avoir jamais lu Hélène Lenoir...
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C
<br /> <br /> Si vous la trouvez en bibliothèque, essayez ce titre ou un autre parmi les dix publiés. Elle vit en Allemagne où elle enseigne le français.<br /> <br /> <br /> <br />
A
Inconnue pour moi également ! C'est bien de savoIr que des découvertes sont toujours à notre porte. Votre article construit une athmosphère très romanesque qui donne envie d'en savoir plus. Merci !
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C
<br /> <br /> À vous de voir, romanesque mais pas tant d'événements, importance du non justifié, comme si les personnages agissaient malgré eux. Puis trouver l'énergie, le geste volontaire qui secoue le<br /> destin.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br />
T
Le ton, l'écriture. Je n'ai encore rien lu d'Hélène Lenoir, mais je retrouve dans ce que vous en dites la marque des éditions de Minuit. Un peu rétive devant "mécanique narrative" et "récit qui<br /> fonctionne bien", mais j'y jetterai un coup d'oeil en librairie. Merci pour les liens.
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C
<br /> <br /> Je comprends que les expressions choisies puissent induire l'idée de recette : cette mécanique serait peut-être mieux rendue par un procédé, un dispositif qui<br /> suggèrent plus la créativité ? Rassurez-vous, on n'éprouve rien de mécanique chez Lenoir, sinon que son écriture court bien.<br /> <br /> <br /> <br />
A
J'avais lu et apprécié "son nom d'avant". Je la relirai volontiers.
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C
<br /> <br /> Bonne lecture si vous y entrez et profitez bien de notre soleil cette semaine... <br /> <br /> <br /> <br />
K
Nom totalement inconnu, mais je vais vous faire confiance (un signe qui ne trompe pas : ma bibli en propose cinq titres!)
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C
<br /> <br /> Merci de votre confiance, je suis rarement déçu par les éditions de Minuit, beaucoup de leurs auteurs ont un ton, un rythme qu'on ne trouve pas autre part. Je pense à Philippe Toussaint, Echenoz,<br /> Rouaud, etc... <br /> <br /> <br /> <br />
D
Encore un auteur jamais lu, je vais la noter mais mes lectures en ce moment sont plutôt du côté des pays Baltes
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C
<br /> <br /> Ah tiens, je ne connais pas beaucoup d'auteurs de ce côté là. <br /> <br /> <br /> <br />