11 février 2011 5 11 /02 /février /2011 00:00

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La démocratie fonctionnant sur le principe de l'élection de citoyens qui organisent son avenir, ne convient-il pas de réfléchir aux dysfonctionnements inhérents à la nature humaine de ses élus ? Cette question est le sujet de ce livre amusant et sérieux à la fois.

 

Un ouvrage inclassable qui fait partie du cycle du Quartier (O Bairro en portugais), un lieu où on tente de résister à la barbarie ambiante (à l'image du village breton d'Astérix) et dans lequel l'auteur fait cohabiter des célébrités du monde littéraire et artistique: Brecht, Valery, Rimbaud, Joyce, Duchamp, Warhol, Wells, Borges,... et Kraus.

Karl Kraus fut un écrivain autrichien (1874-1936), auteur d'une œuvre monumentale, qui n'est que très partiellement traduite en français, satiriste redouté qui dénonça les compromissions, les dénis de justice, la corruption, et notamment la corruption de la langue en laquelle il voyait la source des plus grands maux de son époque, dont il tenait la presse pour principale responsable.

 

Le livre de Tavarès rassemble des chroniques fictives que Kraus aurait pu donner à l'époque actuelle. Conte philosophique, fable, parabole ou satire politique ? Tout cela à la fois.

 

Divisée en sections courtes très aérées, cette lecture divertissante et brève touche un sujet préoccupant: la politique, le pouvoir en général. L'écriture est simple, concise, claquante.

Sa portée est philosophique et sociologique. On y trouve un regard aigu sur certaines facettes du monde politique, depuis les scrutins jusqu'aux impôts.

Les humoristes médiatisés qui dépeignent les personnalités politiques avec un humour acide et plaisant n'ont pas la consistance de la prose de Tavarès, car ce dernier délivre un message de fond sans viser le particulier.

 

J'ai particulièrement été sensible au thème de La carte, développé en quatre volets, où on peut lire: En vérité, le Chef avait un problème intellectuel: il ne parvenait pas à distinguer la réalité de la représentation de la réalité. Je ne peux que faire le lien avec le mot célèbre de Korzybski « la carte n'est pas le territoire », cher à la sémantique générale dont l'objet est la problématique du langage corrompu.

 

Quand le Chef écrit « pluie » sur une zone de la carte afin d'y faire pleuvoir, je songe au Dictateur de Charlie Chaplin.


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La dernière image du livre voit le Chef emporté dans une chute provoquée par sa fascination pour la buée qu'il expire et qu'on lui a dit hors du commun. Narcissisme qu'on ne souhaite à personne. Sans doute moins encore aux personnes auxquelles nous accordons nos suffrages.

 

Mon seul regret est la longueur du texte: les 130 pages imprimées grand sont vite ingérées. Mais l'économie des mots en augmente le poids.

 

En fin de volume, un texte d'Alberto Manguel éclaire la personnalité et le combat de Karl Kraus, mais aussi le livre de Tavarès: « Le National Socialisme devint la somme de tous les maux parce que son usage vicieux du langage était preuve, aux yeux de Kraus, d'une corruption morale absolue ». Kraus, qui ne tolérait pas les imbéciles, conseillait: « les satires que le censeur comprend doivent être bannies ».

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