14 février 2012 2 14 /02 /février /2012 09:25

 

51lSMHazLWL._SL160_.jpgDès le titre: poppy, fleur de pavot, couleurs du sud et du sang, opium, délivrance factice et fumée dévastatrice qui monte au ciel, l'inspiration poétique est beaucoup présente dans ce beau roman émouvant. 

Il raconte l'histoire d'Alam, enfant afghan né dans la guerre et le dénuement, sans autre repère que la violence et un frère taliban admiré. Là-bas, entre murs secs et claquements d'armes, les femmes maudites et convoitées sous les voiles sont aussi troublantes que le lustre des Kalachnikof. La jalousie née d'une passion pour une beauté voilée noue le drame entre Alam L'Évanoui et Alam Le Borgne, le frère voué aux fusils. L'Évanoui parce qu'à la honte de son père, il a perdu connaissance lors de sa circoncision. Un enfant qui s'est comporté en fille et voudra prouver toute sa vie qu'il est un combattant sans peur. Et puis ce père qui sculpé dans la foi, était sa propre statue: mots magnifiques.

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La drogue détermine autant la vie des paysans afghans que beaucoup de jeunes réfugiés en France venus d'Asie, d'Afrique et des pays de l'Est. La narco-économie et le narcotrafic plombent l'Afghanistan: Haddad les maintient au cœur de la course vers l'espoir impossible du petit garçon dont le destin se jouera dans les périphéries mal famées du nord-est parisien.

 

Dissemblances farouches entre rochers brûlants et tours froides sous les brumes des soleils gris du nord. Seule chaleur, Poppy la toxicomane son amie: son visage semble tombé d'une statue d'église et on frissonne. Seul dans les rues tandis que la pluie et les regards tombent sur vous de manière inexorable.

Le regard posé par Alam sur les femmes occidentales mesure l'écart des cultures: Cette huile sur les visages nus, ces parfums de fleurs inconnues: tout ce qui émane des femmes de ce pays lui paraît vaguement ensorcelé. Elles l'effraient et l'attirent en géantes sans entrailles. Et les mannequins des vitrines des magasins de Kaboul sont des mortes d'un autre monde alors que sa mémoire lui rappelle les femmes de chez lui comme un nid de chenilles ou de frelons dans la maison,... Un atelier d'araignées tranquilles.

 

Ce roman constitue ma meilleure lecture romanesque de début d'année. L'écriture est soignée, trop peut-être au détriment de la fluidité, et la narration en flashbacks ne lasse jamais, toujours soutenue par des images poétiques colorées et hardies. Un ouvrage d'auteur documenté, exercé, dont je ne connaissais que ses magasins d'écriture, et dont l'œuvre vaste et surtout diverse témoigne de son engagement d'artiste.

 

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commentaires

Annie 20/02/2012 13:45

Juste les mots "il s'est comporté en fille"....

Christw 20/02/2012 14:01



Sur cela nous sommes d'accord bien sûr. 



Annie 19/02/2012 16:57

Je n'ai rien lu de cet auteur. Le thème de l'exil m'intéresse beaucoup, mais je suis hérisée par ce regard porté sur les femmes... On se refait difficilement !

Christw 19/02/2012 20:24



Je pourrais tenter de vous répondre si je savais ce qui vous hérisse. Je crois que le regard du petit afghan, à travers les mots de l'auteur, n'a rien d'irrespectueux, c'est un resenti face à la
femme occidentale, à laquelle nous sommes habitués, mais qui peut surprendre un gosse de là-bas.



Dominique 18/02/2012 11:13

Je n'ai pas lu ce livre là mais le précédent sur la Palestine et cela m'avait énormément plu

Christw 18/02/2012 11:57



"Palestine" est certainement une lecture à retenir, merci de me confirmer cet auteur à travers votre retour.  J'espère trouver du temps pour le lire.



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