13 décembre 2013 5 13 /12 /décembre /2013 07:00

 

— C'est pour ça qu'ils sont tristes et froids ces français ! Regardez-les dans la rue ! C'est pitoyable ! Vous vous rendez compte qu'ils portent du gris et du noir 365 jours sur 365, et même plus quand c'est une année bissextile ! Le vert électrique, mes frangins, c'est la couleur de la vie, de l'espérance, de l'optimisme. Et comme dans ce pays les gens ne vivent pas, n'ont pas d'espérance et sont pessimistes, ils ont en horreur cette couleur. Toi, avec ton beau corps, tu ne dois pas hésiter mon gars ! Tu as peur de quoi ? De ces ignorants de la mode, hein ? Je suis convaincu que tu reviendras dans ma boutique pour d'autres couleurs ! Et je t'informe au passage que tu n'as rien vu car j'ai du rose, du jaune, du rouge et du mauve dans ma réserve au sous-sol ! Si tu ne prends pas ce costume, c'est que tu es encore sous la domination coloniale ! 

 

Alain Mabanckou - Tais-toi et meurs

 

 

Sans-titre-copie-1.pngLa puissance de la parole - E. B. Nshole 


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9 décembre 2013 1 09 /12 /décembre /2013 07:00

 

Ah ! Les transferts nord-sud... Inépuisable sujet de controverses. On n'est pas d'accord, bien sûr, sur leur ampleur. Trois milliards par an ? Cinq ? Huit ? Moins ? Plus ? Selon certains, ils équivalent à une berline de luxe offerte tous les ans à la Wallonie par chaque contribuable flamand. Selon d'autres, à un demi de bière par jour pour chaque Wallon. Ces  comparaisons sont un peu puériles si elles parlent à l'imagination et ce n'est après tout, pas le plus important. Car une chose est sûre : il y a des transferts — ce qui se voit, dans la comptabilité nationale, au revenu moyen des ménages wallons, bien plus proche de la moyenne nationale que ne l'est le PIB wallon par tête — et c'est normal. Il y a des transferts interrégionaux dans tous les pays du monde. Les vraies questions portent sur leur pertinence, leur efficacité et sur leur efficience, sur leur transparence. On est fort loin du compte.

 

Charles Bricman - Comment peut-on être belge ?


 

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2 décembre 2013 1 02 /12 /décembre /2013 07:00

 

La force que l'on se prête est fonction de l'appréhension que l'on a de la barbarie, là où cette barbarie se manifeste ou s'impose. Si la mienne a quelque réalité, elle appartient au type Nouveau Monde. Au Nouveau Monde, la force ne fait jamais défaut. C'est pour cela que, nés en Europe, nos parents, nos vieux, ont si bien su nous former sur cette terre de jeunesse. On les avait élevés dans la soumission; libres, nous avons été abreuvés de liberté. Nous étions égaux, nous étions forts, on ne pouvait nous mettre à mort comme les Juifs l'avaient été «là-bas».

 

Saul Bellow -La bella rosa connection


 

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24 novembre 2013 7 24 /11 /novembre /2013 10:20

 

Qu'avais-je besoin de tant d'efforts ? Les lignes douces de ces collines et la main du soir sur ce cœur agité m'en apprennent bien plus.

 

Albert Camus - Le mythe de Sisyphe

 

soir-a-la-plage-hdr.jpg© Fond-ecran-image.com

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19 novembre 2013 2 19 /11 /novembre /2013 06:20

 

La solitude est à double tranchant:

selon la virgule, l'expression «on est bien (,) seul! » 

signifie le bonheur ou le désarroi.

 

Raphaël Enthoven - L'endroit du décor

 

 

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15 novembre 2013 5 15 /11 /novembre /2013 06:40

 

[...]. Moi m'entendant bredouiller que je l'avais connue fort peu, avec le sentiment instantané de la trahir, puis évoquant sans plus me brider cette phrase d'elle qui me poursuivait depuis la veille: si je ne suis plus visitée je m'arrêterai, ces mots qu'elle avait alors appliqués à sa peinture, à son art de la couleur plutôt, cette pratique solitaire et obstinée qui m'avait fait la rencontrer lors d'un vernissage, cette jouissance rageuse qui lui faisait saturer de fins papiers de soie de couleurs rouges, orange, turquoise pour les déchirer ensuite et les coller sur une toile en cherchant les lignes de fêlure, de fracture, d'incandescence, dans une hésitation et une décision qu'elle apparentait à celle du sabreur, du tireur à l'arc, qui sait le trait et l'instant pur, disait-elle, qui est visité au moment où la couleur se pose, au moment où le papier se déchire, au moment où s'agencent ces grandes peaux géographiques pour composer ses batailles, ses grandes batailles s'exclamait-elle en riant, ses grandes batailles et je l'entendais encore cette nuit-là alors que nous rentrions de l'hôtel, j'entendais sa voix soudain grave, définitive, si je ne suis plus visitée je m'arrêterai, tandis qu'à l'énoncé de la phrase j'avais vu les yeux de son mari instantanément se noyer de larmes, il pleurait et il souriait à la fois, hochant lentement la tête, comme si c'était vraiment cela qu'il attendait que je lui dise, c'était pour cela qu'il m'avait fait venir à Cagliari, afin qu'il puisse se nourrir de cette phrase-là, et pleurer devant moi avec de demi-sourire, me donner son visage en pleurs, non pas ma défaite mais la sienne, et dans le vacarme de cette salle où criaillaient des enfants, je me souviens que je ne pouvais plus soutenir son regard, je regardais s'agiter dans le miroir du bar le chignon noir de la serveuse, il reposait sur moi ses yeux humides en me demandant très explicitement: pensez-vous qu'il existe un au-delà ? J'avais voulu répondre que je n'en avais pas la moindre idée, puis je m'étais ravisé, énonçant avec une certitude qui m'étonnait moi-même: je pense, oui, je le pense, et il avait alors ébauché un geste comme de poser sa main sur la mienne, la déposant finalement sur sa serviette bordeaux, c'est la beauté des hommes d'y croire, avait-il murmuré, ensuite ces mots : parfois j'attends un signe d'elle, c'est plus fort que moi, j'attends cela. [...].

 

François Emmanuel - Extrait de Convocation du recueil Les murmurantes

 

 

2013-26SummerMorning7x7.5WEB.jpg © Barbara Newton


 


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10 novembre 2013 7 10 /11 /novembre /2013 06:00

 

À ce cercle de jeunes gens, qui ne savent pas écrire mais veulent par caprice en faire leur métier, il faut en ajouter un qui par la variété de ses activités offre un changement bienvenu: lui ne sait pas peindre. [...]. Lorsque l'écrivain accapare les faveurs du public que ce soit par son allemand déplorable ou par sa mégalomanie, il ne reste plus grand chose pour le peintre. Il pourrait pourtant faire progresser la nature morte, vu son style fleuri. Voilà longtemps qu'on considère le portraitiste avec méfiance, ce qui l'a rendu tellement susceptible qu'il quitta, vexé, une association dont il avait peint le secrétaire général. Depuis, seuls les morts se sont laissés portraiturer par lui. Là, aucun blâme ne peut l'atteindre: il a pour lui l'excuse des traits déformés par la mort.1 

 

Karl Kraus - La littérature démolie (1896)

 

1 Il s'agit de Ferry Beraton, protégé de Hermann Bahr. Au demeurant, écrire que Beraton ne savait pas peindre est exagéré, comme en témoigne le portrait d'Anton Bruckner.

 


Folon.gif © Fondation Folon


 


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4 novembre 2013 1 04 /11 /novembre /2013 07:00

 

Dans le dernier lustre des années 1970, le milieu intellectuel français se coiffait de phénoménologie, de structuralisme, de marxisme, de psychanalyse. [...]. On avait la manie de la théorie [...]. Rédigées avec le scrupuleux souci de l'obscurité afin qu'on y vît une complexité, elles [les doctrines] n'avaient sur moi qu'un effet soporifique, mais sur d'autres un effet bluffant. En son temps, où sévissait déjà un ésotérisme scolastique, Montaigne notait que «la difficulté» est «une monnaie que les savants emploient, comme les joueurs de passe-passe, pour ne pas découvrir la vanité de leur art» et de laquelle «l'humaine bêtise se paye aisément».

 

Frédéric Schiffter - Le charme des penseurs tristes


 

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31 octobre 2013 4 31 /10 /octobre /2013 06:00

 

Les mathématiques étaient un don de la nature, comme les aurores boréales.

 

Alice Munro - Trop de bonheur


 

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19 octobre 2013 6 19 /10 /octobre /2013 05:00

 

Au lendemain d'une soirée de théâtre, alors qu'elle [Mme Du Deffandvenait d'étriller devant son fidèle auditoire l'auteur dont, la veille, elle avait vu la pièce, un fâcheux s'obstina longuement à la contredire et crut bon de lui faire remarquer que ce soir-là, justement, le public s'était montré enthousiaste. «Eh bien, Monsieur, lui dit-elle, si le public a aimé, il est bien le seul ! » À cet autre quidam qui cherchait à épater la galerie en relatant l'aventure survenue à un malheureux qu'on aurait décapité mais qui était parvenu à parcourir une vingtaine de lieues sa tête sous le bras, la réplique ne se fit pas attendre: «Ma foi, mon cher, où est l'exploit ? Il n'y a que le premier pas qui coûte.»

 

Frédéric Schiffter - Le charme des penseurs tristes

 

 

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Marie de Vichy-Chamrond, marquise du Deffand, connue pour sa correspondance mordante et piquante, n'aimait pas les excès de sérieux ou de familiarité dans son salon.  Autant que la gravité, elle prenait en grippe l'insistance et la bêtise, qu'elle ne manquait pas de réprimer avec un humour adroit, évitant à la fois l'affront et la récidive. 

 

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